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    Deux paralysés retrouvent des sensations grâce à des cellules souches

    personne en fauteuil roulant

        Les thérapies par les cellules souches viennent de faire un grand pas en avant. Sur trois patients paralysés suite à une fracture de la colonne vertébrale, deux ont retrouvé des sensations en dessous de la zone de fracture grâce à une injection. L'étude va être étendue à neuf autres personnes.  

        Pas moins de vingt millions de cellules souches nerveuses par personne, c'est la dose prescrite. L'entreprise StemCells Inc a annoncé lundi que deux patients victimes d'une rupture de la moelle épinière sont parvenus à retrouver des sensations après l'injection de cellules souches. Conduite par le docteur Armin Curt à l’Hôpital universitaire Balgrist de Zurich, l'étude, toujours en cours, porte sur trois personnes.  

        Comme l'explique les travaux, ces patients étaient paralysés depuis quatre à huit mois et ont reçu une injection de cellules souches directement à l'endroit où leur moelle épinière s'était brisée. Ces cellules proviennent d'un don de tissus cérébraux fœtaux. L'injection a ainsi nécessité l'emploi d'immunodépresseurs pour éviter les phénomènes de rejet. Or, au bout de six mois, deux des trois patients ont pu ressentir des sensations de toucher et de chaleur entre leur poitrine et leur nombril.  

        Le docteur Stephen Huhn de chez StemCells est lui même surpris par ces excellents résultats. "Voir ce genre de changements chez des patients qui ont vraiment le pire type de lésions de la colonne vertébrale est très stimulant. Le fait que nous ayons vu des réponses à un toucher léger, la chaleur et des impulsions électriques aussi bas [par rapport à la fracture] chez deux des patients est vraiment inattendu. Ces réponses sont vraiment proches de la normale dans ces zones."  

        "Nos résultats ont fourni de bonnes raisons de persévérer"  

        Au vu des résultats obtenus, les chercheurs entendent poursuivre leurs travaux et neuf autres patients atteints de paralysies moins graves recevront prochainement ce traitement.  

        Pour Stephen Huhn de StemCells, "nous devons clairement collecter beaucoup plus de données pour démontrer l'efficacité [du traitement], mais nos résultats ont jusqu'ici fourni de bonnes raisons de persévérer dans le développement clinique de nos cellules-souches pour les lésions de la colonne".  

        Stephen Huhn a avancé plusieurs hypothèses au New Scientist afin d'expliquer ces premiers succès. Il est possible que les cellules souches aident à restaurer la myéline des nerfs endommagés. Cette substance lipidique les isole électriquement et facilite les transmissions entre les nerfs et le cerveau. Les cellules pourraient également renforcer les nerfs existant, les remplacer ou réduire l'inflammation qui entrave leur réparation.  

        L'an dernier, la compagnie américaine Genron avait mis un terme précoce à un projet semblable. Lancé en 2010, ce qui était alors le premier essai clinique de thérapie par les cellules souches sur des humains avait fait long feu. La firme avait cité des difficultés économiques et douché les nombreux espoirs qu'elle avait suscités. (source MaxiScience  du 04 09 2012)


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  • Cette mystérieuse allergie

    .   En 1919, Vienne sombra dans les chaos à la suite de la défaite .Les communistes menaçaient de prendre le pouvoir. On tiraillait sans cesse dans les rues et l'inflation battait son plein .Landsteiner avait besoin d’une valise pour rapporter chez lui son salaire ,mais c'était à peine suffisant pour acheter une miche de pain Il devait faire 5 km à pied pour se procurer un peu de lait de chèvre pour son fils âgé de deux ans.  

        Une nuit ,la clôture qui entourait sa maisonnette disparut , emporté par quelqu'un qui avait besoin de bois de chauffage .Et pour comble ,il n'y avait plus de fourniture de laboratoire ,plus d'animaux d'expérience .Il devenait presque impossible de travailler .  

        Sur ces entrefaites ,un hôpital de Hollande lui proposa un travail de laboratoire courant ,analyses d'urines et de sang .Autant demander à Einstein d'enseigner la table de multiplication .Mais Landsteiner accepta.  

        Il était ,à ce moment-là ,absorbé par les recherches les plus importantes de sa vie :l'étude de la réaction antigène-anticorps . la chose est moins compliquée qu'on ne pourrait le croire .  

        Les antigènes sont, en général des protéines ;quand ces protéines << étrangères >> pénètrent dans l'organisme ,celui-ci répond par la production d'anticorps spécifiques pour les combattre .  

        C'est ainsi que ,lorsqu'on inocule un peu de vaccin antivariolique (antigène) dans la peau du bras ,l'organisme vacciné réagit en produisant des anticorps qui le protégeront de la variole pendant des années .Ou bien ,si l'on est sensibilisé au pollen (antigène) de certaines graminées, il suffit d'en inhaler un peu pour avoir le nez qui coule et les yeux larmoyants ,car l'allergie ,elle aussi, n'est que la manifestation d'une réaction antigène-anticorps .  

        Ce qui paraissait le plus remarquable à Landsteiner ,c'était l'extraordinaire <<spécificité>> de toutes ces réactions .Il semblait exister un anticorps particulier pour chaque antigène .  

     Ses travaux allaient aboutir plus tard à l'explication de toute cette mystérieuse affaire de l'immunité et de l'allergie ,et son livre , la spécificité des réactions sérologiques allait devenir la bible d'une nouvelle science , l'immunochimie .

    <<Les empreintes digitales>>  du sang .

        Lorsqu' 'en 1922 ,on lui offrit la direction d'un laboratoire personnel de recherches à l'institut Rockefeller , Landsteiner s'embarqua pour New-York ,son rêve se réalisait :il trouvait là tout ce dont il avait besoin pour revenir à ses premiers amours, l'étude du sang .  

        Il était sûr que le sang comprenait bien d'autres choses que ces substances A et B .En fait ,il était persuadé qu'à la longue on découvrirait à chaque sang presque autant d'individualité qu'aux empreintes digitales .  

     Avec l'aide d'un jeune assistant fort doué, le Dr Philip Levine , il se mit à rechercher de nouveaux facteurs.

        Coup sur coup ,ils en découvrirent trois nouveaux M,N et P ,Ils n'avaient pas ,dans les transfusions l'importance capitale des facteurs A et B ;ils ne provoquent en effet que rarement des réactions .  

        Cependant ,ils devaient jouer un rôle important en médecine légale pour l'identification des taches de sang ou pour les recherches de non-paternité .  

        Entre 1935 et 1940 ,dans un laboratoire de la direction des examens médicaux , je travaillais sur des échantillons de sang de singes d'espèces diverses :atèles , brachytèles ,macaques ,rhésus, cercopithèques .  

        Je demandais à Landsteiner de m'aider et ce fut le début de notre collaboration .  

        En 1937 ,nous commençâmes à injecter du sang de singes rhésus à des lapins , puis nous prîmes du sang de ces lapins pour voir comment leur sérum réagissait avec les globules rouges humains .  

        Dans 85% des cas ,ce sérum agglutinait les globules rouges humains !  

        Cela signifiait que les singes rhésus avaient en commun avec l'homme un nouveau facteur sanguin .Nous le baptisâmes RH ,du nom du singe rhésus.

    Le facteur RH  allait se révéler aussi important dans les transfusions que les facteurs A et B ?

        Le Dr Raymond Peters m’avait écrit de Baltimore pour me signaler qu’il avait rencontré de graves réactions transfusionnelles dans le cas de sangs compatibles selon les quatre groupes classiques .  

        S’agissait-il d’une incompatibilité RH ?. C’était bien le cas , comme je devais le découvrir.  

        Peu après Levine Et le Dr Lyman Burnham se trouvèrent placés devant un cas curieux , à Newark (new Jersey). Une femme avait mis au monde un enfant mort d’une mystérieuse affection , l’érythroblastose .  

        Malade elle-même , elle avait alors été transfusée avec le sang de son mari et avait failli en mourir, bien que les sangs fussent apparemment compatibles.  

        Levine se demandait si le père n’avait pas transmis à l’enfant quelque facteur sanguin qui faisait que le sang de l’enfant et celui de la mère se combattaient l’un et l’autre , ce qui avait amené la mort de l’enfant .  

        La violente réaction de la mère au sang de son mari le donnait à penser.  

        Cette hypothèse se révéla exacte. Le responsable , c’était le facteur RH.  

        La route était à présent ouverte pour vaincre cette incompatibilité sanguine , jusque-là mortelle.  

        A présent , la recherche du facteur RH se fait chaque année sur des millions de malades et de donneurs de sang.

    Le prix Nobel

    Landsteiner était salué par tous comme un génie . Sous ses dehors bourrus , c’était un timide ,un homme tout entier consacré à son travail.

        En 1930 , le standard téléphonique de l’institution fut assailli d’appels émanant des journaux . On apprenait que le prix Nobel de médecine venait d’être décerné à Landsteiner pour son œuvre sur les groupes sanguins .Il refusa de répondre et poursuivit son travail.  

        En rentrant chez lui , ce soir-là , il n’en fit même pas mention à sa famille. Finalement , un télégramme arriva de Stockholm.  

        - Je viens d’avoir le prix Nobel dit il à sa femme, Hélène.  

        Puis il se replongea dans ses journaux scientifiques.  

        Presque toujours, il travaillait après le diner. Pendant dix ans , j’ai passé avec lui la soirée du mercredi.  

        Une fois la table de la salle à manger débarrassée, il s’y asseyait et, tout en croquant une pomme, s‘entretenait avec moi des recherches en cours ou écrivait des articles.  

        A soixante-quinze ans , Landsteiner suivait encore son rigoureux emploi du temps. Il était devant la paillasse de son laboratoire , le matin du 24 juin 1943 quand il fut terrassé par une violente crise cardiaque .  

        Il survécut deux jours dans les souffrances , se tourmentant pour son livre, exigeant de ses assistants qu’ils poursuivent les expériences en cours. Puis sa vie l’abandonna.  

        Il repose, selon ses vœux , dans un petit cimetière de L’Ile de Nantucket . Sa tombe discrète ,balayée par la brise de mer, est un paisible havre de repos pour ce chercheur génial donc l’œuvre a profité à presque tous les êtres humains actuellement vivants.


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  •                          condensé de lecture relaté par le    Dr Alexander Wiener  

    célèbre spécialiste des recherches concernant le sang , il dirigea le laboratoire de sérologie des services de la direction des examens médicaux de New York.

    C'est lui qui a découvert avec le Dr Landsteiner , le facteur sanguin RH

    Ce dernier relate la découverte des groupes sanguins .

        Ce jour-là  

    -c'était en 1929 -

    - J'avais les genoux un peu flageolants en suivant le long couloir du premier étage de l'institut Rockefeller de recherche médicale à New York.

        Jeune étudiant en médecine , je me rendais , sur un coup de téléphone , au laboratoire de l'un des grands chercheurs de notre temps , le Dr Karl Landsteiner.  

        A l'époque , deux grandes théories s'affrontaient pour expliquer la transmission génétique des divers types de sang .J'avais écrit une analyse mathématique de ces théories et, pour faire bonne mesure , j'avais ajouté que c'étaient les chinois qui , au XIIIe siècle, avaient découvert les groupes sanguins.  

        Landsteiner était un grand gaillard de 1,83 m, aux yeux noirs et persans , aux sourcils en broussaille , à la moustache tombante . Les fenêtres de son laboratoire avaient des vitres dépolies ; il ne voulait pas être distrait par la vue.  

        Il me demanda où j'avais trouvé l'histoire des groupes sanguins découverts par les Chinois. Je citai mes sources : une brève mention dans un article que j'avais lu . L'ombre,d'un sourire s'ébaucha sur ses traits sévères.  

    -Je crois , jeune homme , que vous auriez avantage à toujours aller à la bonne source.

    Il m'indiqua le titre d'un livre de la bibliothèque et m'en donna la référence exacte . l'entrevue était terminée.

        Ce n'étaient pas les Chinois qui avaient découvert les groupes sanguins , c'était Landsteiner.  

    Après ce premier rappel à l'ordre , nous devînmes bons amis, et huit ans plus tard , travaillant de concert, nous découvrions le facteur RH , qui est à la base de ces mystérieuses incompatibilités sanguines qui causent la mort de milliers d'enfants dans le sein de leur mère ou au cours des quelques heures qui suivent la naissance.

        Bien que ce géant de la recherche soit peu connu , la série de ses exploits a peu d'égales en médecine. C'est lui qui a, par ses travaux fondamentaux , rendu possible les recherches sur les vaccins antipoliomyélitiques actuels.  

        C'est lui qui a démontré le mécanisme de l'allergie cutanée. Ses recherches sur les microbes appelés rickettsies ont ouvert la voie aux vaccins contre le typhus et la fièvre pourprée des montagnes rocheuses .  

        A peu près seul, il a fondé et développé la science de l'immunochimie . Il a rendu possible le groupage sanguin et permis ainsi l'avènement de la transfusion qui allait sauver des dizaines de millions de vies.  

        Il m'indiqua le titre d'un livre de la bibliothèque et m'en donna la référence exacte . l'entrevue était terminée.  

        Ce n'étaient pas les Chinois qui avaient découvert les groupes sanguins , c'était Landsteiner.  

    Après ce premier rappel à l'ordre , nous devînmes bons amis, et huit ans plus tard , travaillant de concert, nous découvrions le facteur RH , qui est à la base de ces mystérieuses incompatibilités sanguines qui causent la mort de milliers d'enfants dans le sein de leur mère ou au cours des quelques heures qui suivent la naissance.

        Bien que ce géant de la recherche soit peu connu , la série de ses exploits a peu d'égales en médecine. C'est lui qui a, par ses travaux fondamentaux , rendu possible les recherches sur les vaccins antipoliomyélitiques actuels.  

        C'est lui qui a démontré le mécanisme de l'allergie cutanée. Ses recherches sur les microbes appelés rickettsies ont ouvert la voie aux vaccins contre le typhus et la fièvre pourprée des montagnes rocheuses

     O comme zéro.

    Né à vienne ,en Autriche, d'un père journaliste, le jeune Landsteiner ,après avoir fait sa médecine, passa encore 4 ans à étudier la chimie. Puis il entra à la faculté de l'université de Vienne pour commencer ses travaux sur le sujet qui devait l'intéresser toute sa vie: Le mystère du sang.

        Depuis le XVIIe siècle ,de hardis médecins avaient tenté des transfusions avec des résultats si désastreux que des lois ,en France ,en Angleterre et en Italie, avaient fini par interdire de telles expériences .Les <<grands patrons>> de la médecine viennoise donnaient de ces faits une explication facile .Pour eux les sangs étaient semblable, et les accidents de la transfusion se produisaient quand le sang du donneur était malade .Le jeune Landsteiner eut l'audace de contester le verdict de ces oracles.  

        Il préleva des échantillons de sang, les laissa coaguler ,puis sépara le caillot du sérum. Ensuite ,il se livra à des mélanges, utilisant les globules rouges d'un individu et le sérum d'un autre. Penché sur son microscope ,il observait les résultats et eut la surprise de voir se dérouler tout un drame. Normalement ,les globules rouges se présentent comme des grains de sable régulièrement répartis .Or voilà que , sur de nombreuses lames , ces globules rouges s'agglutinaient comme des grappes de raisins !  

        On comprenait aisément l'effet causé par cette agglutination .Les capillaires de l'organisme sont si fins que les globules rouges doivent y circuler en file indienne .Réunis en amas , ils ne peuvent plus passer; donc ,les tissus et les organes sont privés de leur circulation nourricière. Rien d'étonnant que les gens meurent.  

    De son écriture précise, Landsteiner nota ses constatations ,traça des tableaux et de tout cela tira de mémorables conclusions .Les sangs ,selon lui, n'étaient pas tous semblables .Certains globules rouges contenaient une mystérieuse substance A ,d'autres une substance B , tandis que certains ne contenant ni l'une ni l'autre, étaient classées O, c'est-à-dire zéro .Plus tard , les gens allaient se méprendre sur ce zéro et en faire un O , désignant un troisième groupe sanguin (Landsteiner était passé à côté du quatrième groupe AB ,car aucun des volontaires qui avaient bien voulu se prêter a ses prélèvements de sang n'appartenaient à ce groupe rare ,mais un an plus tard , deux de ces collaborateurs , donc l'un était encore étudiant , devait le découvrir;) De tout cela , une conclusion évidente se dégageait ; on pouvait sans difficulté transfuser du sang A à un sujet A ou du sang B à un sujet B . Mais il ne fallait jamais transfuser du sang A à un sujet B.

    La transfusion était a présent possible , mais la médecine n'était pas mûre pour exploiter cette découverte révolutionnaire , et personne n'y fit la moindre attention.

            Méconnu , Landsteiner pouvait continuer à être ce que dieu l'avait fait : un esprit toujours en éveil , rendant les plus grands services à la science par un flot incessant de travaux et de recherches.  

             Cet homme était un bourreau de travail . En dix ans , outre ses tâches d'enseignement , il effectua au total 3639 autopsies .  

            En 1908 , il quitta l'université pour prendre le poste d'anatomopathologiste en chef à l'hôpital Wilhelminem . Un nouveau champ d'activité s'offrait à lui.  

            Vienne subissait alors une grave épidémie de poliomyélite . Personne ne connaissait la cause de ce mal . Des essais antérieurs de transfusion à l'animal avaient échoué .  

            Landsteiner prit les choses en main . Il broya la moelle épinière d'un sujet qui venait de mourir de la terrible maladie en fit une suspension cellulaire et l'injecta à des singes . Puis il attendit , apparemment en vain. Il était près d'abandonner toute l'affaire , quand un singe présenta une paralysie du train arrière . C'était la polio.  

            Landsteiner poursuivit ses expériences afin de bien préciser les symptômes de la maladie animale et de permettre son étude en laboratoire .  

            Puis , il refit ses suspensions de moelle épinière broyées et les fit passer à travers un filtre assez fin pour retenir les bactéries ordinaires , afin de savoir si le liquide ainsi filtré se révélait encore capable de transmettre la maladie . Bientôt , les singes inoculés avec le filtrat furent frappés de paralysie .  

            Un grand pas en avant , un pas indispensable , était fait; il était prouvé que la poliomyélite ne pouvait être qu'une maladie à virus.  

            Parvenu à ce stade , Landsteiner cessa de s'intéresser au problème. Il avait fait œuvre de pionnier, c'était ce qu'il aimait. Que les autres se chargent des travaux de détail qui finiraient par aboutir au vaccin !


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  • Le Pr John Macleod, chef du service de physiologie , à qui nous devions d'avoir pu entreprendre nos travaux dans ces conditions , était en vacances en Europe . Nous décidâmes qu'il ne s' apercevrait de rien si nous continuions .

        Nous reprîmes nos opérations sur les chiens et effectuâmes correctement , cette fois nos  ligatures des canaux .Le 27 juillet , nous obtînmes le pancréas ratatiné et dégénéré que nous désirions . Si la substance X existait , ce pancréas devait le contenir.  

        Nous coupâmes ce pancréas en tranches dans un mortier réfrigéré contenant la solution de Ringer , et nous fîmes congeler le tout . Puis nous laissâmes le mélange dégeler doucement et , après l'avoir broyé , nous le filtrâmes à travers un buvard .Un chien diabétique moribond nous attendait , trop faible pour soulever la tête ,  Fred  lui injecta dans une veine 5 centimètres cubes de filtrat . Le chien eut l'air d'aller un peu mieux, mais il est facile de s'illusionner en pareils moments. Des analyses de sang étaient indispensable.  

        Je tirai quelques gouttes de sang de la patte de la bête et commençai mon dosage de sucre sanguin . Basting restait penché par-dessus mon épaule . S'il  y avait beaucoup de sucre , le réactif du tube à essais devait devenir rouge foncé; s'il y en avait peu , il devait être rose pâle. Je faisais une analyse toutes les heures , et le réactif devenait de plus en plus pâle . Le taux du sucre sanguin s'abaissait , passant de 2 grammes par litre à 1,20 gramme et parvenait à la normale , 0,90 grammes ! Ce moment-là demeure le plus inoubliable de mon existence.  

        Dès lors , nous fûmes débordés de travail et notre vie devint un cauchemar. il fallait faire des piqures aux chiens, leur prélever du sang pour les analyses , recueillir leurs urines. Cela nous occupait vingt-quatre heures sur vingt-quatre . Nous dormions quand nous avions un moment , allongés sur les bancs du laboratoire .  

            Mais nous avions sous les yeux un miracle constamment renouvelé: Les chiens à l'agonie , l'œil vitreux , se transformaient , quelques heures plus tard , en bêtes solides qui remuaient la queue en mangeant une pâtée . Ainsi ranimé, l'un de nos chiens survécut douze jours, un autre vingt-deux jours .  

        Notre favorite , c'était  Marjorie , la chienne n°33 , noir et blanc , ressemblant à un colley , elle avait appris à sauter sur un banc , à tendre la patte pour nous laisser prendre du sang et à rester tranquille pendant qu'on lui faisait l'injection dont sa vie dépendait . Elle vécut soixante-dix jours en bonne santé , tant que notre provision d'isletine ne fut pas épuisée . (par la suite Macleod nous conseilla de changer le nom en celui d'insuline) .

    Il nous fallait à peu près toute l'isletine que nous parvenions à extraire d'un pancréas dégénéré pour faire survivre un chien pendant une journée.

        Comment parviendrions-nous à garder en vie des millions de diabétiques ?  

            Fred se rappela avoir lu que le pancréas des embryions d'animaux était constitué  en majeure partie de cellules insulaires , puisque les sucs digestifs étaient inutiles avant la naissance .  

        Elevé à la campagne , il savait aussi que les fermiers envoient des vaches pleines à l'abattoir , car elles pèsent évidemment plus lourd .  

         Les pancréas des embryions de veaux avaient des chances d'être riches en isletine . Nous mîmes donc en route notre <<Pancréas>> , pour faire un tour aux abattoirs .

        Plus tard , revenus au laboratoire , nous broyâmes les pancréas ainsi rassemblés pour en extraire et en purifier une riche moisson d'isletine.  

            Nous pourrions désormais maintenir nos chiens en vie aussi longtemps que nous le désirerions .  

        On découvrit , bien sur , par la suite , qu'avec des méthodes d'extraction améliorées on pouvait retirer de l'insuline de n'importe quel pancréas animal : mouton, porc , vache .  

        Il y en aurait assez pour satisfaire tous les besoins.  

            Le 14 novembre , nous étions prêts à faire connaître la grande nouvelle au monde .  

        Devant les membres de l'association du journal de physiologie , nous donnâmes Banting et moi , lecture de notre première communication , assortie de projections qui montraient nos tableaux de courbes de sucre sanguin.  

     Mais une question capitale demeurait sans réponse : l'insuline agirait-elle chez l'homme ?  

            De l'autre côté de la rue , à l'hôpital général de Toronto, se trouvait un gamin de quatorze ans , Léonard Thompson .  

        Diabétique depuis deux ans , il ne pesait plus que 29 kilos et avait à peine la force de soulever la tête de son oreiller .  

        Selon toute vraisemblance , il ne lui restait plus que quelques semaines à vivre.  

            Nous avions pu vérifier qu'un mélange d'insuline pris par la bouche n'agissait pas . Nous décidâmes , Banting et moi de nous transformer en cobayes .  

        Je lui fis une piqûre de notre extrait , puis il m'en fit autant , pour nous assurer que le produit n'était pas trop toxique pour l'homme.  

        Le lendemain nous avions un peu mal au bras , pas davantage .

    Aussi , en janvier1922 , fit-on la première piqûre dans le petit bras décharné de l'enfant qui se mourait. Les analyses furent reprises , et ce fut de nouveau la même histoire qu'avec nos chiens .

        On assista à une chute spectaculaire du sucre sanguin , tandis que Léonard se mettait à manger normalement  . Ses joues amaigries se remplissaient , une nouvelle vie courrait dans ses muscles épuisés .  

        Léonard était sauvé  !  (il devait vivre encore treize ans , pour mourir en 1935 d'une pneumonie consécutive à un accident de mobylette ) Il était le premier des dizaines, puis des centaines , des milliers , des millions de diabétiques qui devaient recevoir de l'insuline.  

            Les honneurs commencèrent à pleuvoir sur nous. Pour le meilleur travail de recherche effectué à l'université cette année-là , on nous décerna le prix Reeve , 50 dollars , qui étaient les bienvenus .  

        La reconnaissance du parlement valut à Banting une pension annuelle de 7500 dollars . Puis on fonda un grand institut de recherches portant son nom  et , plus tard , un autre portant le mien.  

        Lorsque Banting reçut le prix Nobel  , en 1923 , il en partagea le montant avec moi .  

        Nous restâmes tous les deux à l'université , et , les années suivantes , nous nous occupâmes chacun de notre côté de nos recherches personnelles . Mais l'enthousiasme des premiers temps avait disparu.  

        Puis un jour d'hiver de février 1941 , alors que nous nous promenions dans la cour de l'université , Banting me dit :  

        -Charley , si nous recommencions à travailler ensemble ? Tu t'occuperais de la chimie , et moi ...  

        Hélas !  trois jours plus tard , Banting , devenu le major sir Frederick Banting , et qui se livrait à des travaux de médecine aéronautique , se trouvait à bord d'un bombardier bimoteur  se dirigeant vers l'Angleterre .  

        L'avion s'écrasa au cours d'une tempête de neige dans une forêt , près de Muscrave  Harbor, à Terre-Neuve . Banting , un poumon perforé par ses côtes cassées consacra ses dernières forces à penser les blessures du pilote , seul survivant .  

        Puis il s'allongea sur des branchages de sapin , dans la neige, et s'endormit de son dernier sommeil.  

        De toutes les oraisons funèbres , la plus émouvante  peut-être fut celle prononcée cinq ans plus tard , à Londres , lors d'une assemblée de l'association de diabétiques :  

            <<Sans Banting , il n'y aurait ici que des fantômes pleurant leur triste destin . >>  

     


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  • condensé de lecture raconté par l'un de ses auteurs  ,le professeur Ch. Best.

        A voir le médecin qui entrait dans le laboratoire , le matin du 16 mai 1921, on aurait pas deviné que son nom serait immortel.  

        Il faut reconnaître qu’à vingt-neuf ans cela ne se voit guère .    

    dr banting

            Le Dr Frederick Banting avait plutôt l’ air d’un fermier , taillé en force , les épaules un peu voutées , des yeux bleu-vert , un grand nez et un menton proéminent et volontaire. Il avait une voix hésitante et basse qui trahissait une timidité naturelle.  

        - Mettons-nous à l’ouvrage , monsieur Best, me dit-il. Nous n’avons pas tellement de temps.  

    C’était peu dire ! Il avait demandé à l’université de Toronto que l’on mît à sa disposition un laboratoire pour une durée de deux mois , dix chiens et un assistant qualifié en chimie et en physiologie .

        Ces modestes besoins représentaient tout au plus une centaine de dollars. Il pensait que cela lui suffirait pour venir à bout d’une maladie qui avait toujours déjoué les efforts des médecins , un mal implacable et mortel : le diabète  

    .-Vous savez le français , n’Eest-ce pas ? Me demanda Banting.  

        Allons donc à la bibliothèque voir comment un français du nom de Hédon a retiré le pancréas d’un chien.  

        Ce fut le commencement.  

        Nous connaissions tous deux les horreurs du diabète, décrit par un médecin grec deux mille ans plus tôt comme << une maladie dans laquelle la chair fond et passe dans les urines >> .Il se passait , chez les diabétiques , quelque chose qui les empêchait de brûler leur sucre pour produire de l’énergie , si bien que leur corps se dévorait lui-même, tirant sa subsistance de ses graisses et des protéines.  

    On notait également chez ces malades une soif inextinguible , et les nombreux litres d’eau qu’ils avalaient passaient dans leurs urines sucrées . Leur appétit était dévorant . Le seul traitement connu était un régime sévère destiné à rétablir l’équilibre chimique perturbé du patient.

     Les diabétiques graves avaient le choix entre bien manger et succomber rapidement ou bien se mettre à un régime de famine et traîner pendant quelque temps dans un état d’épuisement et de langueur.

        Banting avait vu le diabète faire d’une de ses camarades de classe, une jeune fille de quinze ans pleine de vie, une malheureuse créature que la mort n’avait pas tardé à emporter .  

    Chez moi à West Pembroke , dans le Maine , j’avais vu la même chose arriver à ma tante Anna . C’était une forte femme d’une trentaine d’années , qui ne pesait plus que 36 kg à sa mort.

        A voir l’équipe que nous formions tous deux , personne n’aurait pensé que nous étions de taille à nous mesurer avec le diabète.  

    J’avait vingt-deux ans , j’avait obtenu mes premiers diplômes et je préparais mes certificats de physiologie et de biochimie.

     Quant à Banting , il n’avait pratiquement aucune expérience de la recherche. Sur les instances de sa famille , il entreprit des études de théologie pour devenir pasteur méthodiste , mais son élocution difficile le décida à changer de voie et à s’orienter vers la médecine . Comme étudiant , il était tout à fait moyen.

    Après avoir été chirurgien dans l'armée canadienne , au cours de la Première Guerre mondiale, où sa bravoure lui valut la Military Cross, il s'installa comme chirurgien orthopédiste à London, Ontario , et se mit à attendre une clientèle qui ne venait jamais .

    Un certain mois , ses honoraires ne dépassèrent pas quatre dollars.

    Ne lui voyant guère d'avenir sa fiancée rompit avec lui.

        A présent , voilà que cet homme mettait en jeu toutes ses maigres ressources persuadé qu'il allait guérir le diabète sucré.  

    Ayant abandonné ses quelques patients  et vendu son mobilier médical , ses livres, ses instruments , bref tout ce qu'il possédait, Banting se trouvait le dos au mur.

        On savait que le pancréas , cette glande abdominale jaune pâle , en forme de têtard , qui secrète des sucs digestifs , avait quelque chose à voir avec la diabète .  

    En 1889, l'allemand Oscar Minkowski avait pratiqué l'ablation du pancréas d'un chien , pour voir si l'animal survivait à cette mutilation.

    Le lendemain , il vit que les mouches étaient attirées par les flaques d'urine de la bête .

    L'urine était sucrée: le chien bien pourtant la veille était devenu diabétique.

        Les sucs pancréatiques contiennent -ils un facteur qui régle normalement le métabolisme des sucres ? Pour en faire la preuve , des chercheurs ligaturèrent , les canaux par lesquels ces sucs se déversaient dans l'intestin.  

    Le pancréas s'atrophia  et dégénéra , mais les chiens ne devenaient pas diabétiques !Rabougri, incapable de  transmettre ses sécrétions digestives à l'intestin , leur pancréas continuait à produire le facteur antidiabétique.

        Si ce dernier n'était pas contenu dans les sucs pancréatiques , où se trouvait -il donc ?  

        L'attention se porta sur les milliers de mystérieux <<îlots >> cellulaires éparpillés à travers le pancréas et entourés de fins capillaires ..  

    Peut-être sécréteraient-ils quelque substance X , quelque hormone qui réglait la combustion du sucre ?

    Et si ces îlots déversaient leur sécrétion non pas dans l'intestin mais dans la circulation sanguine ?

    Plusieurs chercheurs avaient eu cette idée et s'étaient attachés à repérer cette hormone , mais tous avaient échoué.

    présent , c'était notre tour .

    -  Voyez - vous , monsieur Best , me dit Banting (nous ne devions nous appeler Fred et Charley que plusieurs jours après) , voyez-vous , lorsque les chercheurs enlèvent un pancréas sain  et le broient pour extraire cette substance X , il est possible que les ferments du suc digestif se mélangent avec cette substance et la détruisent comme ils détruisent les protéines dans l'intestin. C'est peut-être pour cela que personne n'a encore été capable de la découvrir.

        Sachant qu'en cas de ligature des canaux pancréatiques les cellules qui sécrètent les sucs digestifs dégénèrent plus vite que celles des îlots , nous nous proposions de lier ces canaux chez des chiens et d'attendre . <<Au bout de sept à dix semaines le pancréas aura dégénéré et cessera de fabriquer des sucs digestifs et il n'y aura plus rien qui détruise la substance X . Vous l'extrairez , et nous administrerons à un chien diabétique cet extrait pour voir s'il abaisse le taux du sucre dans le sang et dans l'urine.>>  

        Je fis mon travail de chimiste dans notre minuscule laboratoire. La chirurgie canine se pratiquait deux étages au-dessus , dans le grenier à la lumière du jour. A la fin de l'été , ce grenier aurait pu  rivaliser avec n'importe quel bain turc.  

        Pour avoir un peu moins chaud , nous ne portions guère de vêtements sous nos blouses blanches .  

        Faute d'argent , nous mangions au laboratoire. La base de notre alimentation était constituée par des œufs et des saucisses que nous faisions cuire sur un bec Bunsen.  

        Nous avions beaucoup de mal à nous procurer des chiens.  

    Lorsque la situation devint critique , Banting me dit :

        - mets<<les pancréas >> en route , Charley, et allons-y !  

        C'est ainsi que nous appelions notre Ford modèle T .Et nous voilà partis à grand tintamarre à travers les quartiers pauvres de Toronto , cherchant des chiens que leurs propriétaires voulaient bien nous céder pour un dollar.  

        Nous avions fait notre première ligature de canaux pancréatiques en mai et espérions trouver au début de juillet des pancréas atrophiés pour avoir récupérer la substance X . Nous ouvrîmes le ventre de l'un des animaux . Son pancréas était magnifique , nullement atrophié ne ratatiné. Banting et moi , nous avions mal fait nos ligatures.  

        Nos deux mois étaient à peu près écoulés . Nous aurions pu nous avouer vaincus . Mais Banting était têtu . Pendant la guerre , il avait été blessé au bras droit par un éclat de shrapnel. Les médecins avaient voulus l'amputer . Il s'y était opposé et avait réussi , à force de soins , à recouvrer l'usage de son bras. nos projets étaient bien malades , mais nous allions essayer de les sauver. 


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  •                         En 1981, lorsque Simone D. commença son traitement à l'institut Curie , plus de 700 anciennes malades traitées dans ce centre avaient déjà passé la cap des cinq ans puis des dix ans de survie , sans avoir présenté le moindre signe de rechute et sans que leur poitrine ait été abîmée par les radiations  

        Ayant gardé un souvenir très vif des mutilations et des souffrances endurées par sa mère et sa tante . Simone trouva le traitement beaucoup moins effrayant qu'elle ne l'avait redouté . Elle s'est remise rapidement .Cela va faire cinq ans qu'elle a été opérée . elle revient tous les six mois à l'institut Curie passer un examen clinique et se fait faire chaque année une mammographie . L'incision opératoire a été pratiquée dans le pli naturel du sein , de sorte que l'opération n'a laissé aucune marque visible .  

        Certains médecins ont expérimentés des thérapies permettant de réduire encore plus le champ opératoire . Depuis octobre 1979 les Pr François Baillet de l'hôpital Necker et Claude Maylin de l'hôpital Saint-Louis , travaillent à perfectionner une technique de traitement dans laquelle une chirurgie plus légère est compensé par une plus grande précision de l'irradiation . Ce traitement a déjà été pratiqué sur plus de 850 patientes , chez lesquelles la tumeur atteignait parfois 5 cm << dans la mastectomie fragmentaire classique , explique le Pr Maylin , le chirurgien enlève une importante portion de tissu apparemment normal , ceci par crainte que quelques cellules cancéreuses n'aient migré de la tumeur dans la région environnante .>>  

        Le procédé Maylin-Baillet , (celui pour lequel a opté la princesse arabe) n'exige que le minimum 'ouverture nécessaire pour extraire la tumeur et un très faible volume de tissu environnant , et le prélèvement pour analyse de quelques ganglions de l'aisselle . Une fois ce travail terminé ,le radiologue ,qui assiste à l'opération , dispose de 3 à 5 tubes de plastique souple à la place de la tumeur . Le lendemain de l'intervention , la patiente est transportée dans une chambre entièrement tapissée de plomb , et là on procède à l'insertion , dans les tubes pré implantés la veille , de fils d'iridium-192 radioactif . Les radiations émises par ces fils vont stériliser les cellules cancéreuses qui pourraient avoir gagné les tissus environnants . Les tubes sont enlevés au bout de vingt-quatre ou de quarante -huit heures et la malade n'en garde pour trace que quelques points rouges qui marquent l'emplacement des fils d'iridium et disparaissent généralement au bout de quelques temps . Le traitement est complété par des séances de bombe au cobalt . Si besoin est , on y ajoute aussi de la chimiothérapie. << Jusqu'ici, précise le Pr Maylin , notre méthode connaît une réussite de 95% pour la survie au-delà de cinq ans , sans récurrence et avec des résultat esthétiques généralement satisfaisants .>>  

        La chimiothérapie n'est considérée actuellement que comme une seconde ou une troisième ligne de défense contre le cancer , après l'intervention chirurgicale et la radiothérapie .Mais elle a fait de notables progrès , surtout grâce à la mise au point de nouveaux médicaments anticancéreux , et certains cancérologues sont persuadés qu'elle pourrait servir un jour de premier moyen de défense contre le cancer du sein.

    Les traitements appliqués à la Pitié-Salpêtrière sont peut-être l'exemple le plus intéressant -et le plus discuté -  de cette orientation . L'idée en remonte aux années  60 ,  époque où  le cancérologue Claude Jacquillat  commença à traiter par la chimiothérapie diverses affections malignes  <<pourquoi , se disait-il , ne pas tenter la même approche pour un cancer du sein ?>> .

         L'occasion lui en fut offerte au printemps de 1980 . Une amie de sa famille , âgée de quarante-deux ans , lui apprit au téléphone qu'elle avait une grosseur au sein droit.  

        << Lorsqu'elle vint se faire examiner , dit le Pr Jacquillat , la tumeur mesurait 12,5 cm de diamètre  ! >> Un chirurgien considéra qu'on ne pouvait pas l'opérer ,,et il fut décidé d'essayer dès le lendemain la chimiothérapie . Les perfusions de substances anticancéreuses se révélèrent peu efficaces . Le Pr Jacquillat y ajouta une substance très active : l'adriamycine .  

            << Alors , subitement , dit-il , la tumeur se mit à régresser >> Au boit de deux mois , elle ne mesurait plus que 10 cm  .Après trois autres mois de chimiothérapie , complétée par cinq séances d'irradiation au cobalt et à l'iridium pratiquées à l'hôpital Necker sous l'étroite surveillance du Pr Baillet , la tumeur avait pratiquement disparu . Pour prévenir les métastases , on poursuivit encore la chimiothérapie pendant dix-huit mois .<<On ne peut parler encore que de rémission , précise avec prudence le Pr Jacquillat , et non de guérison >>. Pour pouvoir employer ce dernier terme , il faudra attendre que la patiente ait passé le cap de cinq ans de survie  sans récurrence du cancer .Jusqu'ici , sur environ 200 personnes traitées par les Pr Jacquillat et Baillet , plus de 85 %ont pu éviter l'intervention chirurgicale , et cela avec des résultats au moins équivalents aux autres traitements évitant l'ablation du sein .  

     En dépit de tels succès , le corps médical a été lent à adopter ces nouvelles méthodes .Un article est pourtant paru dans la très sérieuse revue médicale américaine The New England Journal of Médecine  qui donnait à entendre que la mastectomie fragmentaire , assortie de séances de radiothérapie pour toute les patientes et de chimiothérapie pour celles dont les ganglions étaient <<positifs >> ,  était certainement indiquée dans la plupart des cas de tumeurs primaires du sein . En fait , selon les estimations , 80 à 85% de ces tumeurs aux Etats-Unis , et 50%,en Europe ,sont traitées par ablation totale du sein .

        Alors direz-vous , concrètement , que doit en conclure la patiente chez laquelle on vient de diagnostiquer un cancer du sein ? << Chaque cas , insiste le Pr Baillet , doit être jugé d'après les symptômes cliniques qui lui sont particuliers .La patiente a droit à une explication détaillée des différents traitements possibles et doit pouvoir essayer un traitement n'entrainant pas l'ablation du sein . La chirurgie plus étendue , non conservatrice , doit être réservée aux échecs de traitements conservateurs >>.  

        << Il s'agit du corps de la patiente ; ajoute le Pr Jacquillat .Elle a tout de même le droit de participer à la décision >>.


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  •                         Les cancérologues français ont mis au point de nouvelles techniques qui permettent d'éviter l'ablation  

        2) Des traitements moins mutilants  

       Un jour de printemps1982. Hélène S. , en prenant son bain , détecte au toucher une grosseur au sein gauche .<<Il n'y avait jamais eu de cancer dans ma famille , explique cette femme écrivain de quarante-trois ans . Je pensais que c'était un kiste .>> Son médecin , consulté , déclara  qu'il s'agissait sûrement d'un lipome , une tumeur bénigne  

        Mais deux mois plus tard , en examinant ce sein dans la glace , Hélène y voit un renflement .Cette fois , elle consulte un cancérologue , qui diagnostique une tumeur maligne . <Nous pouvons vous soigner , dit-il , mais il va falloir vous enlever un sein .>>  

            << J'étais terrorisée à l'idée de me faire emputer >>, avoue-t-elle . Elle retourne la question en tous sens avec son mari et finalement décide de se mettre en quête d'un cancérologue qui soit en faveur d'un traitement moins radical.  

        Simone D. , une parisienne de soixante ans , n'est pas vraiment surprise , elle , de se découvrir au sein gauche une grosseur de 3 cm de diamètre . << Ma mèrevet l'une de mes tantes sont mortes d'un cancer , explique-t-elle , alors j'ai prit l' habitude de me palper les seins une fois par mois .>> Elle se rend à l'institut Curie , à Paris , où on lui fait un prélévement . Les analyses de laboratoire confirment ses craintes .  

        <<Ma première idée a été de tout faire pour survivre >>, dit-elle . Sa tante et sa mère avaient toutes les deux subi une mastectomie complète , avec ablation totale du sein , des muscles pectoraux , du tissu et des glanglions de l'aisselle .  

            Autre cas , celui d'une princesse du Moyen-Orient de quanrante -six ans chez qui on découvre une tumeur de 3,5 cm au sein gauche . Le chirurgien qu'elle consulte est partisan d'une mastectomie immédiate limitéeb à l'ablation du sein . << j'avais eu vent de l'existence de traitements  permettant d'éviter l'ablation du sein , dit-elle , mais ce cancérologue ne voulait pas en entendre parler .>>  

    La princesse se renseigne sur les taux de récurrence et  de survie des différents traitements anticancéreux , ainsi que de leurs résultats sur le plan esthétique . Elle opte finalement pour un traitement moins mutilant , et prend l'avion pour Paris .

    Il y a une dizaine d'années ces femmes n'auraient pas eu le choix . Le traitement du cancer du sein supposait au minimum l'ablation de la totalité de l'organe malade . Aujourd'hui , les femmes peuvent souvent s'épargner de telles mutilations . Et , tout d'abord , la mastectomie peut être plus ou moins fragmentaire . A Simone . D.  , par exemple , on a enlevé que la tumeur et une assez large section du tissu environnant : une intervention chirurgicale limitée complétée par des scéances de radiothérapie . Pour la princesse arabe , l'intervention se limita aussi à la tumeur et à un faible volume du tissu environnant , et la radiothérapie fut pratiquée de façon interne . Quant à Héléne S. , elle n'a subi aucune intervention chirurgicale , mais a été traitée uniquement par chimio et radiothérapie . Ces trois femmes mènent à, présent une vie normale , et ne gardent sur le corps que peu ou pas de traces de leur cancer.

        C'est là une étape importante dans le traitement d'une maladie qui , en Occident , frappe une femme sur quatorze et qui constitue l'une des principales causes de décès chez les femmes de plus de trente-cinq ans.  

        La première description technique de la mastectomie radicale remonte à 1894 . Avant cette date , le cancer du sen était généralement considéré comme incurable : moins de 20 % des patientes survivaient quelques années à leur maladie . Avec la mastectomie complète , près de 50 % des patientes étaient encore en vie cinq ans après l'intervention et 25 % exemptes de rechute quinze ans plus tard.  

        Mais cette survie , les patientes devaient le payer cher . L'opération laissait une énorme cicatrice . A la place du sein disparu , la peau était plate et raide . On observait souvent une perte importante de mobilité du bras , qui se mettait à enfler de temps à autre , un renfoncement de la poitrine sous les clavicules et de fréquentes douleurs thoraciques . De plus , l'ablation  du sein ne garantissait nullement les patientes contre le risque de récurrence du cancer et de prolifération de métastases . Aussi les chirurgiens élargissaient-ils le champ opératoire de façon à supprimer les glanglions . Il y a moins de quarante ans , certains pratiquaient encore la mastectomie la plus radicale en enlevant les glanglions mammaire .  

    Pourtant dès 1924, Le Dr Geoffrey Keynes , radiologue à l'hôpital St. Bartholomew de Londres , pratiquait une forme de mastectomie bien moins destructrice , qu'il associait à un traitement par le radium et les rayons X pour détruire les cellules cancéreuses subsistantes .

        Dans les années 30 , Le Dr François Baclesse et ses collègues de l'institut Curie expérimentèrent des traitements par seule radiothérapie .Quelques années plus tard, le Dr Sakari Mustakalio, en Finlande et le Dr Robert Mc Whirter, en Ecosse laissaient à leurs patientes le choix entre l'ablation totale du sein et une mastectomie fragmentaire suivie de l'irradiation des glanglions de l'aisselle . Aucune de ces technique n'accrut le taux de survie , mais elles montrèrent que la radiothérapie pouvait souvent se substituer à la mastectomie radicale .  

        La plupart des cancérologues continuaient pourtant à ne se fier qu'à cette dernière technique , sans avoir vraiment la preuve d'obtenir ainsi de meilleures chances de survie .  

        Il y eut cependant quelques exceptions . En 1956, par exemple , le Dr Olivier Cope , professeur de chirugie à la faculté de médecine de Harward , se trouva confronté à une patiente qui tenait absolument a conserver son sein . Après une simple incision , il n'enleva que la tumeur e fit subir à la malade une radiothérapie . Cinq ans plus tard , cette patiente , (et une autre à laquelle on avait appliquait le même traitement ), se portait aussi bien que les femmes ayant subi l'amputation complète .<<Ce fut pour moi une preuve si convaincante , écrit le Dr Cope , qu'en 1960, je cessai complétement de pratiquer la mastectomie totale >>.  

        Des progrès ont également été réalisés dans le domaine de la radiothérapie . Les premieres séances pratiquées avec des appareils à rayons X assez rudimentaires brûlaient la peau des patientes . La mise au point d'appareils plus puissants et plus précis permit de meilleurs résultats .

     

     

     


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  •                        

    La régie Renault , avec laquelle Pierre Rabischong est en contact ,en tant que membre fondateur de l'association française de la robotique industrielle , se passionne pour ses travaux . La division des automatismes de la régie , qui travaille aussi sur la mécanique de la marche , décide de mettre des ingénieurs et des moyens financiers à la disposition de l'équipe médicale de Montpellier.

            Durant trois ans , l'effervescence régne dans le bâtiment de l'INSERM , situé à quelques kilomètres de la ville . Médecins , chercheurs et techniciens établissent le cahier des charges de la nouvelle machine à marcher .C'est ce que les spécialistes de la robotique appelent << un système maître-esclave >>. La machine qui pése maintenant 17 kg , est beaucoup plus mobile , et moins chère: environ 30.000 francs .  

            Entre-temps , l'association Propara s'est dotée d'un centre clinique équipé d'un matériel de pointe , avec lequel les paralysés apprenent à de réadapter aux gestes quotidients . Au moment de l'accident de Marie-Pierre , en juillet 1982, le Centre Propara ouvre ses portes . Sur les conseils de son mari , chercheur à l'unité INSERM des sciences physiques , la jeune femme s'y fait hospitaliser . Mise au courant de la dernière réalisation du Pr Rabischong , elle pose de nombreuses questions sur la machine à marcher . Car Marie-Pierre ne veut pas rester dans un fauteil roulant . Son activité de gymnaste lui a donné le sens du dépassement . C'est décidé : elle essaiera la machine .  

           Marie-Pierre et Emmenuel , vêtus de la combinaison bleue , sont côte à côte . Un mois après sa première marche , la jeune femme va réaliser une grande première : tourner. Ce mouvement qui semble très simple , a causé d'innombrables difficultés aux chercheurs . <<Quand vous tournez , explique l'un d'entre eux , votre pas extérieur est plus long que l'intérieur . Cet ajustement est rendu possible par l'intervention du moniteur , qui peut adapter la longueur de ses pas et donc celle de ceux du patient..>>

    Une antenne dans le ventre , des électrodes sur les nerfs.

    Emmanuel ressent une certaine appréhention : <<j'ai,tendance à me pencher en avant ppur retenir Marie-Pierre quand je sens qu'elle va perdre l'équilibre , explique-t-il , c'est la meilleure  manière de l'entrainer dans ma chute , puisque chacun de mes mouvements est reproduit instantanément . J'ai dû m'exercer pour réfréner ce mauvais réflexe . >>  

          Demi-pas par demi-pas , Marie-Pierre avance tout droit . Sa jambe gauche se déplie et amorce un virage à droite . Son autre jambe suit. L'assistance se réjouit , pendant que Marie-Pierre s'arrête , les traits légèrement tirés .  

        Le poids de son corps reposant sur ses mains, elle a mal aux paumes et aux muscles à force de serrer ses cannes pour se maintenir en position stable. Marcher avec la machine nécessite aussi une très grande concentration nerveuse: elle doit sans cesse regarder le sol car , ne sentant plus ses jambes , elle n'a pas d'autre moyen de savoir oùnet surtout quand elle pose ses pieds.  

          Après neuf mois d'hospitalisation à Propara , Marie-Pierre est rentrée chez elle , où elle donne des cours particuliers de mathématique . Désormais , elle s'exerce chaque jour à se tenir debout et à marcher avec ses deux cannes.  

        Avec son moteur principal de 400 watts , la machine à marcher n'a pas été conçue pour une utilisation domestique . Elle ne vise pas à l'autonomie du patient , mais constitue un exellent outil de réentrainement à la marche , déjà utilisé par deux équipes médicales au Japon .  

        Malheureusement , les tétraplégiques , dont les membres supérieurs sont atteints , ne peuvent l'utiliser , car la paralysie  rend difficile , voire impossible , la préhension des cannes . La machine à marcher représente , malgré toiut , un immense progrès : avant la seconde guerre mondiale , les paraplégiques , condamnés à l'immobilité , mourraient bien souvent d'escares et de plaies infectieuses .  

          Aujourd'hui , quatre ans après le premier déplacement de Marie-Pierre , la machine à marcher du  Pr Rabischong apparait comme une étape importante d'un projet encore plus ambitieux : <<l'aide à la locomotion par électro-stimulateur programmée >>. Pour tenter de coordonner les recherches au niveau international , le Pr Rabischong a créé le groupe LAO (locomotion assistée par ordinateur ) , qui s'inspire des travaux les plus récents en informatique .  

        Car si , dès le XVIIIe siècle , des savants découvraient que les muscles paralysés pouvaient être stimulés par des impulsions électriques , il a fallu attendre la révolution informatique pour que l'utilisation simultanée de plusieurs muscles par électro-stimulation soit expérimentée en médecine .  

    Dans la salle de Propara réservée à l'electro-stimulation , Pascal T., vingt et un ans , est assis , jambes et cuisses nues . Paralysé des jambes à la suite d'un accident de voiture , il vient chaque semaine au centre . Jean Woloszko , médecin et chercheur à L'INSERM , lui applique des electrodes sur la peau et tourne les boutons du stimulateur . La jambe de Pascal se soulève . Il réagit bien ; son nerf , bien que déconnecté du cerveau , est intact , et la stimulation électrique a permis la transmission de l'ordre au muscle concerné .

            Depuis l'été 1984, date de son accident , Pascal attend que soit mis au point le nouveau projet conçu par l'équipe du Pr Rubischong.  

    Deux opérations seront necessaires :

    implanter des électrodes directement sur les berfs de ses jambes ;

     introduire à l'intérieur de son ventre une antenne sur laquelle elles seront branchées . 

     Pascal n'aura plus qu'à porter sur lui un boîtier électronique , de la taille d'une calculette , pour pouvoir marcher seul . C'est la conception de ce boitier , dont la commande doit être aussi simple que maniable pour le patient , qui pose le plus de problèmes .  

            Le Pr Rubischong est en train de programmer un système extrêmement précis . La machine doit être capable , par exemple , de savoir quand le pied du patient est sur le sol . Pour lui donner cette information , il a fallu construire des mini capteurs.  

            Lors du dernier congrès internationnal organisé en avril 1984 par le Pr Rubischong , des équipes américaines et autrichiennes , qui ont déjà réalisé des implantations , s'étaient déplacées jusqu'à Montpellier . Les chercheurs de Cleveland et de Vienne ont dialogué avec l'équipe de Propara , qui a expliqué l'implantation qu'elle devrait réaliser courant 1986.  

            Les tests de stimulation ont permis de dresser un bilan très précis de la fonction musculaire de Pascal . Aujourd'hui , il est prêt à essayer la machine à marcher française de la deuxième génération . <<Donner de l'espoir est capital , explique Pierre Rabiscong , qui reçoit chaque jour de nombreuses lettres de handicapés . Mais l'espoir doit être fondé sur une réalité scientifique .Nous sommes maintenant persuadés que nous pouvons apporter une aide efficace aux paralysés .>>

     

         

     

     


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  •                        

    Par ce condensé de lecture du Reader's Digest de 1986  je vous ferais découvrir  la machine à marcher du Pr Rabischong

            Dans le laboratoire de ce chercheur , à Montpellier , les derniers perfectionnements de la robotique sont mis au service des handicapés  

            Harnachée dans une combinaison bleue , Marie-Pierre Baskevitch , une jeune femme de trente-trois  ans paralysée des deux jambes , actionne son fauteuil roulant pour entrer dans la salle de rééducation du centre PROPARA de Montpellier . L'équipe de médecins et de kinésithérapeutes animée par le Pr Pierre Rabischong l'attend .Dans quelques minutes , la jeune femme va se lever et marcher .    

    Le professeur s'approche de la combinaison pneumatique portée par Marie-Pierre pour vérifier une dernière fois l'état des quatre   moteurs fixés sur les genoux et ses hanches . Puis il lui tend deux canes afin qu'elle se mette debout . Le sourire calme et l'allure déterminée de sa patiente le rassurent . Depuis que cette jeune femme , professeur de mathématiques et mère de trois enfants , est hospitalisée au centre à la suite d'une mauvaise chute , il a appris à la connaître . Marie-Pierre possède la qualité nécessaire à l'exploit qu'elle va accomplir aujourd'hui: le sang froid.

        Le fonctionnement de l'appareil est directement dérivé de la robotique : sur chaque genou  et hanche du paralysé est fixé un moteur hydraulique alimenté par une centrale et relié à un ordinateur , appelé calculateur , glissé dans la ceinture du kinésithérapeute . Celui-ci porte également , à la  hauteur des genoux et des hanches , des potentiomètres qui mesurent le degré de flexion de chaque articulation . Ainsi tous les mouvements qu'il exécute sont calculés par l'ordinateur , et reproduits immédiatement chez le patient .

    Un mois après ses premiers pas , Marie-Pierre va apprendre à tourner.

    Tout est prêt .Dans le fond de la pièce , la machine , une centrale hydraulique de 1,80 m sur 1,20 m est branchée .  Emmanuel Rabischong , fils du professeur et kinésithérapeute , a revêtu lui aussi une combinaison bleue sur laquelle sont fixés , aux articulations des hanches et des genoux , quatre potentiomètres . Le mini-ordinateur glissé dans sa ceinture le relie directement à Marie-Pierre . Ils sont placés côte à côte, comme au départ d'une course.

     - Prête ? lui demande t-il .

    - O.K .! répond Marie-Pierre , qui s'appuie bien fort sur ses deux cannes pour ne pas perdre l'équilibre et basculer en avant.

    A côté d'elle , deux autres kinésithérapeutes sont près à intervenir pour la rattraper . Les membres de l'équipes du Pr Rabischong et les médecins étrangers venus visiter ce centre pilote ouvert depuis trois mois retiennent leur souffle .

    Emmanuel soulève sa jambe droite , la déplie lentement et la pose en avant . Marie-Pierre tremble sur ses bras et suit . Je n'ai jamais accompli aussi parfaitement un mouvement de gymnastique , pense t-elle . Je doit m'appliquer , ils me regarde tous .

    Son genou droit se replie et sa jambe , mue par le moteur fixé sur sa jambe droite , se propulse en avant . Les yeux fixés au sol , le visage concentré , elle avance demi-pas par demi-pas . Sa progression est lente , car associée à sa paralysie , l'anesthésie de ses membres inférieurs la prive de toute information quant à la position de ses jambes dans l'espace et quant au contact de ses pieds avec le sol.

    Quand elle arrive au fond de la salle , le Pr Rabischong se précipite vers elle pour la féliciter .

    <<je n'ai jamais eu aussi chaud ! >> s'exclame Marie-Pierre , sous l'oeil ravi de toute l'équipe , pour qui ces quinze pas sont la consécration de six années de recherche .

    <<En décomposant les mouvements successifs de la marche , nous nous sommes rapidement aperçus que nous avions affaire à un geste semi-automatique , commente le Pr Rabischong . Quand vous vous promenez dans la rue , vous ne vous posez pas de questions pour savoir quels muscles vous propulsent en avant . Vous déclenchez la "séquence de marche" et vous vous contentez de la piloter pour la direction et la vitesse . Vous n'intervenez pas activement dans la mécanique du système . Ce constat d'automatisme de la marche est  le point de départ de nos recherches .>> Depuis la première marche de Marie-Pierre , en octobre 1982, douze paraplégiques ont utilisé avec succès la machine du professeur . 

     

    La Cinquantaine active , Pierre Rabischong , qui court sans cesse entre sa chaire de professeur à la faculté de médecine , son unité de recherches biomécaniques et le centre clinique de Propara , est l'homme d'une passion ; la robotique appliquée à la médecine . A partir de ses études sur les articulations et la préhension des objets par les membres supérieurs , il en vient dans les années 60 , à comparer les robots et les hommes . A l'époque , les grandes industries qui fabriquent des marchandises à la chaîne commencent à utiliser des manipulateurs programmables , capables de remplacer les hommes pour les tâches répétitives et dangereuses. Calqués sur le modèle humain , ces manipulateurs sont loin d'être aussi performant que des membres . Mais ils ont à résoudre Imaginatif et doté d'un solide sens pratique , le Pr Rabischong comprend immédiatement l'influence que cette révolution industrielle peut avoir sur la clinique des paralysés .,Il obtient en 1971 , l'aval du ministre de la recherche et de l'INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale) pour créer une unité de biomécanique , ou il réalise bientôt une prothèse électronique de la main afin de venir en aide aux amputés . Un an après , il fonde , avec ses collègues de la faculté , l'association Propara  (pour la paraplégie ). Ce groupe pluridisciplinaire , qui réunit deux neurochirurgiens , un biologiste , un urologue et deux chirurgiens orthopédiques et plastiques , se donne deux objectifs : promouvoir la recherche de nouvelles méthodes de traitement des paralysies , et ouvrir un centre clinique pour appliquer les résultats de ses découvertes.

            En 1974 , à l'occasion d'un voyage d'études en Yougoslavie, Pierre Rubischong rencontre les Drs Tomovic et Vukobratovic.  

    Ces deux chercheurs ont conçu , dans leur laboratoire de Belgrade , une <<machine à marcher>>. Telle quelle , la machine ,très lourde et fort complexe , est inutilisable pour faire marcher les paralysés . Mais l'idée est née : le professeur de Montpellier s'enthousiasme pour cette engin qui permettra un jour aux handicapés de se libérer en partie de leur fauteuil roulant . Il décide de le simplifier et remue ciel et terre pour que son projet voie le jour . Très vite il obtient l'aide de l'Ecole supérieure d'aéronautique 'suparéo) pour réaliser un premier prototype .

            Le Pr Rubischong et les chercheurs de L'INSERM se rendent rapidement compte qu'un minimum de quatre moteurs (deux pour les hanches , deux pour les genoux ) est indismensable ppur reproduire artificiellement ce qu'un homme accomplit spontanément : se lever, s'asseoir, marcher en terrain horizontal , monter un escalier. <<Car, expliqe le professeur , la mobilité des hanches est essentielle et c'est l'artculation du genou qui contrôle la longueur du membre inférieur.>>  

            En 1977, la première machine à marcher (47 kg ) , composée d'une centrale reliée pardes câbles aux quatres moteurs électriques fixés sur les articulations du patient voit le jour . Un paraplégique de vingt et un ans l'essaie . Après avoir accompli une dizaine de pas et gravi quelques marches , il,est épuisé: la machine est encore trop lourde . Le prototype doit être amélioré. les mêmes problèmes que le bras et la main qui saisissent les objets .

     

     


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    Une révolution médicale :

      Le 27 novembre 2005 , l'équipe du Pr Devauchelle réalise au CHU d' Amiens la première greffe partielle de visage sur Isabelle Dinoire , 38 ans , dont la figure a été mutillé par un chien .

            En janvier 2007 , l'équipe du Pr Lantieri du CHU Henri Mondor à Créteil réussit une greffe quasi totale de visage sur Pascal, 35 ans , qui souffre d'une maladie génétique le déformant .

            Aujourd'hui , tous deux peuvent se regarder dans un miroir .

            La reconstitution des gueules cassées de la grande guerre :  

      <<Quand on voit les visages de ces hommes , on se demande comment ils vivaient encore . Ils avaient des morceaux de visage arrachés . L'objectif , c'était de leur reconstruire une architecture faciale qui permettait ensuite de fixer de la peau .

    Les chirurgiens avaient un matériel humain volontaire et des possibilités de recherche et d'adaptation extraordinaires .

    Après quelques opérations , le visage reprenait forme , c'était incroyable ! Cela permettait aux soldats de retourner dans leur famille . Après le côté fonctionnel était beaucoup plus difficile à obtenir .>> 

    Harry Buncke , le père de la microchirurgie :

      << Toute l'histoire de la médecine a été marquée par des génies un peu givrés .

    Prenez le cas d' Harry Buncke , un chirurgien plasticien qui vivait à San Francisco dans les années 1950 .
    Dans la journée , il opérait , et le soir , chez lui, il coupait les oreilles d'un lapin pour les greffer ensuite . Problème : aucun instrument n'était assez petit poursuturer un vaisseau d'un millimètre de diamètre , et les oreilles du lapin , sans irrigation sanguine mourraient . L'idée vint alors de prendre un fil de soie de coton et d'en métaliser le bout .

    En 1964, le grand jour arriva enfin : l'oreille du lapin , bien irriguée, resta vivante ! C'était le début de la microchirurgie .Un pas de géant .

    Un peu plus tard , Buncke a suturé , sous microscope , les vaisseaux sanguins d'une langue humaine coupée en deux . Cela a permis plus tard , de greffer des doigts et des bras ...>>    

    La greffe de visage , un tabou dépassé :

     <<On a longtemps pensé que le fait de greffer la peau d'un visage différent lui donnerait le visage de l'autre et que , dans la rue , une personne ayant connu le donneur risquait d'avoir un choc .

    Or , toutes les équipes ont très vite pu costater que la peau s'adaptait au massif facial du receveur .

    Pascal et Isabelle ont retrouvé les expressions qu'ils avaient auparavant . Et la peau du receveur va probablement vieillir en partie comme la peau du donneur et en partie comme sa propre peau aurait dû vieillir .    

    Un visage, une vie :

    Lors de l'émission de télévision du Lundi 16 janvier sur FR3 , vous avez eu l'occasion rarissime d'assister  étape par étape , à la recostitution d'un nez , celui de didier dans le bloc opératoire avec le Pr Lantieri .

            Il s'agit d'une autogreffe , donc pas de risque de rejet : on se sert d'un morceau de la crête iliaque du patient (os du basin) pour reconstruire l'arête du nez , des cartilages des oreilles pour ouvrir les narines et d'un lambeau de peau du front irrigué par une artère que l'on ne coupera qu'au bout de quelques semaines (voir ci-dessous ; un peu d'histoire )  

    Dix mois plus tard , commence une nouvelle vie avec u nouveau nez pour didier , qui peut vivre normalement , prendre des douches , se baigner dans la méditérannée , et ce sans avoir à affronter le regard des autres .    

    Un peu d'histoire :

    Au XVIe siécle , la freffe à l'Italienne

    Gaspard Tagliacozzi, génial chirurgien , eut l'idée de fabriquer un nez Chez un malheureux jeune homme mutilé lors d'un duel . Il découpa , sans le détacher , un lambeau de peau irrigué par une artère à l'intérieur du bras et ramena le bras du jeune homme vers son visage pour suturer ce lambeau de peau sur le nez .

    Pendant 3 semaines , le patient devait garder cette position inconfortable . Passé ce délai , le chirurgien détachait le lambeau du bras et fabriquait un nez imparfait , certes , mais un nez .

      greffe de nez à l'italienne

         


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