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    Armand trousseau-horz

    Photo de Armand Trousseau , célèbre médecin Du XIXe siècle ,donna son nom à un hôpital parisien (ici à droite )

            En 1828, une effroyable épidémie de diphtérie , le redoutable croup , fait des ravages en Sologne , où un jeune médecin de 27 ans a été envoyé en renfort auprès de ses confrères : << le jour de pentecôte , raconte-il , un paysan vint me chercher  pour sa femme qui s'étouffait .En arrivant , je trouvai une femme de 26 ans, encore vêtue de ses habits de fête : elle était expirante ... Seule la trachéotomie (connue depuis la fin du XVIIIe siècle , la trachéotomie consistait en <<l'ouverture de la trachée-artère pour donner à l'air la liberté d'entrer dans les poumons et d'en sortir>>.)pouvait empêcher la mort immédiate . Sans plus attendre , je me mis en devoir de la pratiquer , j'étais seul, sans autre aide que le mari , sans autre instrument qu'un canif à lame convexe que j'avais heureusement sur moi . Puis je fus obligé , à défaut de canule trachéale , d'en fabriquer une grossière avec une balle de plomb que j'aplatis avec un marteau et que je façonnais en une espèce de tube ...>>  

            Avec ce moyen de fortune , le médecin permet à la mourante de retrouver sa respiration , que l'obstruction de son arrière-gorge par des mucosités infectieuses rendait impossible . Sans anesthésie, sans précautions d'asepsie, la malade est sauvée grâce à l'ingéniosité bricoleuse du médecin venu de Paris . Il s'appelle Armand Trousseau et il deviendra , en quelques années , l'un des médecins les plus éminents de son époque , connu du monde entier pour sa compétence et les découvertes qui jalonnent sa relativement courte existence ""il mourra à 66 ans.  

            Rien pourtant ne prédisposait ce tourangeau , né dans la capitale de la Touraine le 14 octobre 1801, à une carrière médicale : fils d'un modeste instituteur qui a ouvert une petite école privée , le jeune Armand , poussé par son père , fait de sérieuses études au collège de Lyon , où il est le condisciple du futur historien Edgar Quinet .   C'est alors que , au hasard d'une rencontre il fait la connaissance du docteur Pierre Bretonneau , de vingt-trois ans son aîné , médecin-chef de l'hospice général de Tours . Bretonneau , qui est un <<découvreur d'hommes >> , conseille au jeune professeur dont l'ouverture d'esprit l'a séduit : << Soyez médecin ! >> Subjugué par le conseil de cette gloire tourangelle qu'est Bretonneau (il a déjà suscité leur vocation au chirurgien Velpeau et au psychiatre Moreau de Tours ) , Armand s'inscrit à la faculté de Paris . Son premier stage le mène chez le célèbre docteur Récamier à L'hôtel-Dieu, où il aide le maître à soigner les dothiénentéritiques (ainsi appelait-on les malades atteints de typhoïde), en leur faisant subir des douches à répétition , <<Deux malades sont arrivés ensemble, raconte-t-il . M Récamier les a aspergés séance tenante . Il fait asseoir le malade nu dans une baignoire et lui verse sur la tête de grandes bassines d'eau d'abord à 25° c , puis à la température du robinet d'eau froide : cela dure cinq à six minutes . On nous ramène des gens dans leur lit , on les couvre et voilà qui est dit ...>> Cette thérapeutique par les bains sera utilisée pendant tout le XIX e siècle !  

    <<Les médecins sont bien menteurs et la nature .... bien puissante >>  

    En octobre 1825, , Trousseau passe sa thèse Et poursuit brillamment ses études , fréquente ses pairs à l'hôpital du Val- de-grâce , puis à L'Hôtel-Dieu . Il constate non sans ironie , qu'il <<y apprend bien peu de chose , sinon que les médecins sont bien menteurs et la nature aussi ....puissante >>(sic!). Il porte sur l'illustre Broussais , de trente ans son aîné , ce jugement mi-figue, mi-raisin: <<Broussais ? Comme théoricien , c'est un animal ... Comme médecin , dans les maladies graves , il gouverne bien ses malades .>>  

            En 1828, Trousseau qui a réussi à tous ses concours universitaire (il est jeune agrégé ) est envoyé par le gouvernement de Charles X à Gibraltar , où sévit une épidémie de fièvre jaune . Il en est lui-même victime en décembre et revient en France , où il reçoit , pour son action pendant l'épidémie , la légion d'honneur .. U <<petit brimborion rouge >>comme il l'appelle drôlement .  

            En 1830, il travaille toujours comme assistant du docteur Récamier , passant le rste de son temps à soigner des malades en ville et à proposer ses cours à la faculté . Toujours à court d'argent , il <<voit des malades en petit nombre , il est vrai , mais qui demeurent l'un aux Invalides , l'autre à la Bastille >> et complète ses fins de mois en <<grattant du papier pour un libraire >> .A l'Hôtel-Dieu , il inaugure , à l'étonnement de certains de ses confrères qui trouvent qu'il <<manie de redoutables toxiques >>, plusieurs traitements efficaces : à base de fer pour les chlorotiques (on dirait aujourd'hui les anémiés) ; de quinquina pour les fiévreux ; d'antimoine et de kermès (minéral pulvérisé) pour les <<pneumoniques >>; de purgatifs pour les phlegmasies (gonflements douloureux ) des voies digestives .

    << La médecine est l'art de guérir , elle n'est que cela >> 

            Et comble d'audace , il n'utilise pratiquement jamais de saignées , au grand scandale de la plupart de ses confrères . Qu'importe , d'ailleurs , car ses remèdes sont actifs . Il voit les globules sanguins de ses malades se <<régénérer>>; il constate le retour de l'appétit chez les malades de l'estomac . En bref , il acquiert vite une réputation de bon médecin , car il agit avec efficacité , N'a-t-il pas pour formule :<< la médecine est l'art de guérir , elle nest que cela  >>, maxime révolutionnaire pour son temps ? En 1830 Armand Trousseau épouse Germaine Stéphanie Caillot , un mariage de raison , semble-t-il . Le couple aura deux enfants dont un fils Georges , qui fera parler de lui de façon assez déplaisante pour ses parents .  

         En 1832 , Armand est atteint par le choléra , dont une épidémie submerge l'Europe . Le médecin , qui surmonte le mal assez rapidement , se livre à une bien interressante confidence où se profilent des préoccupations sociales alors à l'honneur :<< Il faut garder la chambre dès l'instant que se montre la diarrhée . Les gens du peuple périssent parce qu'ils bataillent en travaillant . Les gens du monde guérissent parce qu'ils se mettent au lit à la moindre colique ,>>  

            Dès 1852 , Trousseau est nommé à l'Hôtel-Dieu , où il restera pendant douze années , partageant son temps entre ses soins aux malades et ses cours aux étudiants , réunis en volumes qui constitueront jusqu'en 1914 , du moins pour leur plus grande partie , la bible thérapeutique des médecins Français , Trousseau a tout vu , tout étudié et in serait impossible de résumer l'ensemble de ses travaux , tant ils sont divers , couvrant l'ensemble des maladies humaines .  Soulignons que cette fameuse trachéotomie , dont il fut l'inlassable propagateur dans les cas graves de diphtérie, permit de sauver 30% des opérés qui , sans elle , succombaient immanquablement .  

            Homme de coeur , Trousseau se désole , dans <<sa passion toujours jeune et ardente pour la médecine >> , de ne pouvoir faire mieux ! perd-il deuxmalades trachéotomisés par ses soins ? Il s'en ouvre à Bretonneau ,<< Je suis horriblement malheureux de ces désastres , lui écrit-il le 13 janvier 1854 ... Je perd confiance en moi , Cet affreux poison est plus malin que vous ne l'avez dit . Depuis deux ans , il m'a tué 7 ou 8 malades , plus en deux ans que je n'en avais vu mourrir en vingt ans . Venez à mon secours ...>>  

            Cette humanité compatissante pour ses malades , Armand Trousseau la montrera à tous et à toutes . Hospitalise-t-il quelques prostituées dans son service , il note cette observation :>< Les femmes perdues qui entrent dans les hôpitaux n'ont de respect pour nous qu'à la condition que nous en ayons pour elles . Elles nous savent gré d'une retenue qu'elles railleraient peut-être ailleurs et je ne suis pas sûr qu'elles n'emportent pas de l'hôpital de meilleurs sentiments quand elles y ont été traitées avec les même égards que les pauvres filles dignes de tous nos respects qui souffrent dans   des lits voisins .>>

            Sur le plan des traitements , Trousseau est aussi efficace que prudent .Trois exemples le montrent  :  

     Dans les ulcères de l'estomac , dès 1833, il prescrit , en cures de vingt jours par mois , le sous-nitrate de bismuth à la dose de 10 à 20 grammes .Or , c'est actuellement une dose de 15 grammes par jour pendant 15 jours par mois qui est utilisée . Si la thérapeutique n'a pas changé depuis cent soixante ans , c'est qu'elle a fait ses preuves .

     Pour l'asthme , Trousseau emploie sans abus et selon les réactions des malades les médicaments de son époque (datura, opium, jusquiame, belladone,compresses d'ammoniac  sur la partie postérieure du pharinx ) , mais insiste , pour le choix de tel ou tel d'entre eux , sur les réactions individuelles du patient .

     Dans la goutte , le médecin de l'hôtel-Dieu , s'abstient d'utiliser la colchicine lors des attaques aiguës . Car s'il <<enrayait , et c'est facile , les excès du mal , il courrait le risque de les voir revenir à intervalles plus rapprochés et de changer une goutte franche et passagère en une goutte froide et persistante >>. Cette attitude d'abstention thérapeutique est rare dans son siècle !

            Enfin , son maître Bretonneau avait , bien avant Pasteur suspecté l'existence de <<germes spéciaux donnant naissance à chaque maladie contagieuse ,les fléaux épidémiques n'étant engendrés et disséminés que par leur germe reproducteur >> . Fidèle à cette leçon , Trousseau en 1854 , lui écrivait à propos de chaque nouveau cas de maladie contagieuse qu'il constatait :<<Je ferai bruler les lits et les couvertures ,je ferai jeter au feu les papiers de tentures , car ils ont un velouté pernicieux , attractif et rétentif . J'engagerai la mère à se purifier comme une hindoue . Autrement , quelle querelle ne me ferez-vous pas ? >>  

            Par un de ces coups diaboliques du destin , Armand Trousseau succomba à un mal cancéreux de l'estomac qu'in avait diagnostiqué . Lui-même avait décrit un signe annonciateur de la fin du malade (une douleur des membres inférieurs .Or il ressentit cette douleur le 1er janvier 1867, confiant à son ami Lejeay: <<Je sais que je suis perdu , mon bon ami . J'en ai pour six semaines ou six mois... >> ).  

            Il s'éteignit le 23 juin de la même année , en prononçant le nom de son fils Georges , ce fils maudit qu'il avait chassé de la maison familiale en 1854 après qu'il eut perdu au jeu une somme considérable que le père avait dû rembourser . Ce Georges , quel bohème ! Il avait fait un an de médecine auprès de son père , puis tout abandonné pour se livrer à la débauche . D'où le drame de 1854.  

            Un de ses amis retrouva Georges en 1873 à honolulu , capitale du royaume d'Hawaï , encore libre , où le roi Lunilano 1er l'a nommé <<médecin chirurgien consultant de l'hôpital >> , depuis le jour où , seul de tous les médecins présents dans les îles , il a su diagnostiquer à temps les premiers cas d'une épidémie de variole . Comment ? Georges s'était souvenu d'une leçon de son père où celui-ci avait indiqué qu'au début du mal apparaît presque toujours un signe révélateur : une douleur siégeant au niveau du rachis lombaire . Or c'est cette douleur annonciatrice de la maldie que Georges avait observée chez les premiers patients qu'il avait examinés! Six ans après sa mort , une leçon d'Armand Trousseau avait servi à son fils pour , enfin , entrer dans le droit chemin de la médecine , celui qu'avait suivi , pendant toute son existence , le grand médecin tourangeau , dont deux hôpitaux (à Tours et à Paris ) , de nombreux services et quelques cliniques portent le nom de notre pays (source : Pierre Bourget , Top Santé ;avril 1996)

     

     


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  •                         Jusqu'en 1877 , seules les religieuses s'occupaient des malades .  

            Le 1er mai 1900, une novice de 20 ans , Pauline Ledan , est envoyée avec quatorze autres religieuses à l'hôpital Pasteur (Paris) dirigé par le Dr Emile Roux . Celui-ci recherche du personnel jeune pour le former aux nouvelles méthodes mises au point par Louis Pasteur :  

           << Au début , j'ai eu du mal à m'habituer , racontera Pauline , devenue sœur Laure . J'avais peur des malades , car ils souffraient beaucoup ... Je me disais : " Mon Dieu , je ne puis rester " ... Et puis je suis restée , ma mission était là .  

           <<Un jour , j'ai dû maîtriser un jeune homme qui avait une mauvaise scarlatine : il est mort le lendemain . Une autre fois , un malade m'a prise à la gorge et m'a plaquée contre le mur . J'ai crié, personne ne venait . J'étouffais ! Finalement , j'ai été délivrée par une sœur et un interne ...  

            << Nous travaillons énormément à l'hôpital . C'était dur , mais nous avions une devise :"on va essayer" . C'est ce que j'ai fait pendant cinquante-six ans au service des malades : je l'ai quitté en 1956, j'avais 76 ans . Depuis , mon activité est de prier ...>> Ces lignes ont été écrites en 1980 . sœur Laure avait juste 100 ans . (elle est morte peu de temps après ). Elle était resté à l'hôpital Pasteur pendant quatre-vingts ans , exemple sans précédent d'une vie de religieuse hospitalière vouée tout entière à soigner <<ses>>malades .  

            Avec sœur Laure , disparaissait l'une des dernières <<religieuses infirmières >> qui, depuis des siècles , avaient institué des équipes soignantes au chevet des personnes hospitalisées . Elles ont cédé la place à de véritables professionnelles des soins que leurs niveaux d'études , sanctionnées par des diplômes techniques , rendait aptes à faire bénéficier les patients des progrès de la thérapeutique moderne .  

            A l'origine , la vocation des femmes à s'occuper des malades fut, sans aucun doute , d'inspiration religieuse et d'origine royale ou noble . Elle débuta avec l'essor du christianisme dans le bassin méditerranéen . A Byzance (Constantinople) , Placilla , veuve de l'empereur romain Théodore1er , mort en 395 apr. J-C , fut  la première à ouvrir un <<asile de vieillesse pour les femmes pauvres >> , le <<gerocomion>>. Elle même et les dames de la cour impériale s'occupaient des pensionnaires , dans un esprit de dévouement et d'aide à son prochain . Inaugurée par Placilla , cette << charité mondaine >>, comme on l'appellera plus tard , eut de nombreuses imitatrices .  

            Dès son départ , la vocation des soignantes s'affirme donc religieuse , d'où la création , au cours des siècles , d'ordres féminins consacrés aux malades hospitalisés ou recevant des soins chez eux . Pourquoi des femmes et non des hommes , sauf de rares exceptions ? Deux raisons à cela :  

     Les femmes connaissent la douleur (celle de l'enfantement , celle, occasionnelle des règles ) et sont plus aptes à compatir à celle d'autrui . Et ne sont - elles pas plus croyantes , donc psychologiquement plus fortes que les hommes devant la souffrance ?

            Cette évidence , un modeste curé de Châtillon-les-Dombes , Vincent de Paul , l'a utilisée dès 1617 . Il fonde deux confréries de femmes  , les dames de charité , recrutées parmi les nobles et les bourgeoises , et les filles de la charité , composées de <<filles des champs d'humble extraction >>, maintenant , dans le dévouement ,cette distinction entre charité <<mondaine>> et charité populaire .  

            Le 23 novembre 1633 , il crée la première école d'infirmières que le monde est connue . Mais ce n'est qu'une ébauche de formation professionnelle , car la sœur infirmière ne connaît qu'une règle : obéir aveuglément au médecin ! En 1676 , les filles de la charité , les <<sœurs grises>> , comme on les appelle , servent dans plus de cinquante hôpitaux répartis dans le royaume .  

    florence nightingale    Florence Nightingale  fonde en 1857 à Londres ,   La première école de   gardes malades   professionnelles   destinée à former un   personnel qualifié   

    Quel est leur rôle ? D'abord , les taches domestiques . Elles doivent <<tenir les malades nets le plus possible , s'assurer qu'ils ont les pieds lavés , vider leurs bassins >> et leur servir trois repas par jour . Les sœurs grisent assurent aussi la propreté des salles <<en les arrosant et en les balayant au moins deux fois par jour >>.  

            Ensuite les soins . La sœur accompagnera le médecin au lit du malade <<aussi souvent qu'il y est obligé et  qu'il est nécessaire >> ;<<elle fait prendre elle-même au malade les remèdes à l'heure prescrite et doit s'informer auprès des malades de l'effet des remèdes pour être en état de rendre compte aux médecins à la visite suivante >>; enfin , il est défendu <<de donner aucuns remèdes à moins qu'ils n'aient té ordonnés par les médecins >>.  

            Et quand il risque d'y avoir des accidents ? Suivons ce dialogue entre Vincent de Paul et une sœur grise :  

    << Faut-il toujours obéir au médecin ? demande t-elle.

     Oui ! il faut faire ses ordonnances

     Mais , monsieur , s'il ordonne de saigner une personne qui s'en va mourir ?...

     il faut lui obéir et , dans ce cas, si vous voyez qu'il est arrivé un changement à la maladie du malade depuis que le médecin a ordonné la saignée , vous devez faire en sorte de l'en avertir ! >>

            Ces règles de Vincent sont - elles observées ? Non , sans doute , car <<servant Jésus-Christ en la personne des malades >>, les sœurs imaginent des méthodes thérapeutiques que l'instruction rudimentaire délivrée par Vincent de Paul n'a pas prévues . Quant aux soins techniques (pansements, clystères, cautères )? ils sont délivrés par les élèves en chirurgie .  

            Cette description du travail des sœurs hospitalières du temps de Vincent de Paul serait incomplète si l'on ajoutait les recommandations que le prêtre a données à ses filles de charité : <<Elles n'oublieront pas de dire à leurs malades  , de fois à autre , quelques bons mots pour les disposer à la patience , ou à faire une bonne confession générale ou à bien mourir ou bien vivre ... Il faut saluer les malades gaîment et charitablement .>> N'est - ce pas la préfiguration de l'aide psychologique que l'infirmière de nos jours peut apporter aux patients . 

    La première école française d'infirmières fut créée en 1902 .

    La formation devenait nécessaire .

    Innovation importante remontant, elle , au XVe siècle , deux siècles avant Vincent : les béguines (ces femmes ayant fait vœu de chasteté et d'obéissance qui vivent en quasi-collectivité autour d'une chapelle ) ont l'autorisation de visiter les malades à domicile . <<Elles porterons elles-mêmes , lit-on dans un texte de 1630, les remèdes aux malades , les traitant   avec compassion , douceur , respect et dévotion .>> Ainsi  celles qu'on appelle aujourd'hui les <<infirmières libérales >> ont quatre siècles d'existence !

            Le système des sœurs hospitalières durera jusqu'à la révolution : leur congrégations dissoutes , leurs biens <<  nationalisés >> , les religieuses sont remplacées dans les hôpitaux <<par des citoyennes connues pour leur attachement à la république >> ... Mais hélas , presque totalement incompétentes , parce que sans aucune préparation , ni formation .  

     

    personnels soignants 1930    Dés les  années 1930, le personnel soignant et laïque   est formé dans   des écoles spécialisées

    Détail peu connu , cette <<laïcisation >> du personnel soignant des hôpitaux fut demandée bien avant la révolution : une expérience avait été conduite à Lyon au XVIe siècle .Due à un prédicateur de l'ordre des cordeliers , Jean Tisserand , elle avait abouti <<à convertir à pénitence  25 paillardes publiques >> et <<à les mettre en service au grand hôpital du Pont-du-Rhône , pour éviter qu'elles n'aient l'occasion de réchoir en public >> .Au bout de quelques années , les pénitentes , sans doute rebutées par leurs taches auprès des malades , redevinrent pécheresses ...  

            Dés 1796 , les religieuses soignantes récupérèrent leurs places dans les hôpitaux , leurs couvents et , en 1801 , le concordat leur restitua tous leurs biens : par la suite , la mère de Napoléon  fut même appelée <<protectrice des sœurs hospitalières dans toute l'étendue de l'Empire >>. Les hospitalières sont rémunérées et parfois logées à l'hôpital (certaines vont dormir dans leur communauté . Un avantage en nature : nourries à l'hôpital où elles travaillent , elles ont droit <<au bouillon semblable à celui des indigents valides et malades , bouillon fait dans une seule marmite >>.  

            Dés le milieu du XIXe siècle , insensiblement les sœurs de Saint -Vincent de Paul   sont graduellement éliminées des hôpitaux , leur méconnaissance des questions techniques ne leur permettant pas d'assurer des soins corrects aux malades .  

            Dés 1877 , dans les hôpitaux , le personnel religieux n'assure plus que l'intendance et la surveillance , un personnel laïque se chargeant à la fois des gros travaux et des soins .  

    Hélas ! ce personnel , fréquemment illettré , est incompétent et, de surcroît , cupide : souvent , il fait payer aux malades tisanes et cataplasmes  ! Il faut préciser aussi que ces employées , mal payées , se reposent dans des dortoirs garnis de paillasses (occupés le jour par les infirmières de nuit , pendant la nuit par les infirmières de jour .

            Une révolution totale s'impose : elle sera inspirée par une jeune anglaise issue d'une famille riche , Florence Nightingale  (voir photo article 1) . Sous une inspiration mystique <<Dieu m'a appelée à son service >> , la jeune femme suit en 1855-1856 , à 35 ans , les armées anglaises engagées avec les Français dans la guerre de Crimée contre les Russes . A son retour , elle fonde en 1857 , à Londres , une école de <<Trained Nurses >> (littéralement des <<gardes malades professionnelles>> ) où des élèves soumises à l'internat apprennent leur métier , selon des règles fixées par Florence .<< La fonction soignante féminine , a-t-elle décidé , doit être déchargée de toute tâche subalterne dans un hôpital . Elle doit être à même de dispenser ce qui peut être qualifié de "soins éclairés " grâce à une instruction préalable et doit être subordonnée à l'autorité médicale .>>  

            Les nurses mènent une existence très austère : deux heures de liberté par jour , un jour de congé par mois , une semaine par semestre ! Leurs études terminées , elles exercent leur métier dans des hôpitaux Londoniens d'abord , dans toute l'Angleterre ensuite .  

            L'innovation lancée par Florence va faire tache d'huile . En 1902, est ouverte en France une <<école d'infirmières >> : la durée des études est d'un an , le stage est rémunéré. Que faire des religieuses hospitalières (elles étaient encore 12 000 en 1898) ? Il est décidé que , si elles peuvent diriger les services auxiliaires de l'hôpital, (cuisine , lingerie , vestiaire, buanderie ), leur sont retirés la plupart des soins y compris l'assistance des femmes en couches , la pratique des examens gynécologiques , les soins aux hommes ,la toilette des enfants , la thérapeutique antivénérienne , etc.. Mais l'administration maintient en 1900 leur rémunération et leur entretien (logement , nourriture)   

            En 1907, s'ouvre à l'hôpital de la Salpêtrière la célèbre école d'infirmières qu'on appellera l'<<école des bleus >> , en raison de la couleur de la capote revêtue pour circuler dans l'hôpital quand il fait froid .C'est un école démocratique où <<les éléves se tutoient , ne se donnant même plus la peine de s'appeler mademoiselle >> ... Peu importe , au demeurant , car le but est clair : dans les hôpitaux , il faut substituer la science à la prière .

    école d'infirmières 1958

    Enfin , en 1922 , est créé le diplôme d'état d'infirmière , indispensable aux soignantes des hôpitaux pour délivrer des soins (le diplôme d'état deviendra obligatoire dans les hôpitaux en 1946) . Elles ne sont plus , depuis quelques années , obligatoirement logées à l'hôpital et , progrès obtenu en 1905 , 50% d'entre elles sont mariées à cette époque . En 1923-1924 , les salaires des infirmières (nourries et parfois logées à l'hôpital) Sont mensuels . Elles ont obtenue un jour de repos hebdomadaire . En 1934 , il reste encore 4 000 religieuses qui font fonction d'infirmière dans les hôpitaux publics , car elles ont pu passer un examen dit de <<récupération >> qui les a autoriser à exercer . Ce vestige de l'organisation religieuse a disparu de nos jours dans les hôpitaux publics .

    Ainsi , après de longs siècles , s'est élaboré peu à peu le métier d'infirmière , qui a remplacé la charité par la technique . Mais cela n'exclut pas (moins encore que jadis ) l'observation de ce sage précepte moral d'un traité indien sur les devoirs de l'infirmier : <<seul est propre à soigner ou à assister le malade un homme de sang-froid , vigoureux , aimable dans son maintient ,,ne médisant de personne , attentif aux besoins du malade , suivant strictement et infatiguablement les instructions du médecin ...>>

            Ce qui est vrai en Inde vers 800 av .JC , l'est toujours pour les infirmiers et infirmières de l'époque moderne .  (source : Top Santé de juin 1996) 

     

     

     

     

     

       

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • La preuve

    Ce n'était alors qu'une hypothèse fort controversée , car de nombreux médecins croyaient encore , comme les Grecs et les Romains , que les maladies étaient causées par des miasmes ou des émanations toxiques . Avec son microscope , Koch s'empressa d'explorer cette voie . Il observa le sang d'animaux morts du charbon (maladie mystérieuse qui faisait des ravages parmi les moutons, les chevaux , les bovins et à l'occasion chez l'homme ), et il découvrit ces bâtonnets épais , les bacilles , que l'on considérait souvent alors comme des <<cristaux >> anormaux dus à la maladie . Il se demanda , lui , s'ils n'en étaient pas plutôt la cause .

            Il inocula donc à une souris blanche du sang contaminé et constata le lendemain qu'elle était morte et que son sang comme sa rate fourmillaient de bacilles . Il en plaça quelques-uns dans un milieu de culture et , fasciné , les vit se multiplier à une vitesse étonnante . Il avait ainsi la preuve qu'il s'agissait bel et bien d'organismes vivants . Des expériences ultérieures lui permirent d'établir les faits suivants : à basse température ces organismes se transformaient en longs filaments contenant des spores : ces spores étaient capables de rester inactives pendant plusieurs années , dans des pâturages inutilisés par exemple , mais replacées dans le sang chaud d'un animal , elles redevenaient des bactéries vivantes .  

            Pour pouvoir consacrer plus de temps à ses recherches , Koch céda la majeure partie de sa clientèle à l'un de ses collègues , expliquant à sa femme qu'il s'était mis à << explorer une région encore tout enveloppée de mystère >>.  

            Au bout de trois ans d'expérimentation sur le charbon , il en vint à cette conclusion qu'à un microbe donné correspond une maladie donnée . Avec sa modestie habituelle, il alla présenter ses travaux à Ferdinand Cohn, l'éminent botaniste de Breslau . Ce savant , qui ne croyait guère à priori qu'un médecin de campagne pût faire des découvertes importantes , fut stupéfait et proclama aussitôt qu'un << grand maître de la science est né >>.

    Le bacille de la tuberculose

    Tout de suite , il porta son attention sur la tuberculose , alors l'un des pires fléaux de l'humanité , responsable de 1 mort sur 7 dans le monde occidental . Beaucoup d'éminents médecins de l'époque pensaient qu'elle résultait d'une malnutrition chronique . Koch , lui , était convaincu qu'elle était provoquée et transmise par des bactéries .

            Durant des semaines et parfois à raison de dix-huit heures par jour , il travailla dans son laboratoire , seul, n'autorisant personne à s'exposer aux risques d'infection . Au bout de six mois , en examinant sa 271e préparation microscopique , il identifia le bacille de la tuberculose . Afin de prouver que même l'air pouvait le transmettre , il plongea une boîte pleine de souris , de lapins et de cochons d'inde dans un brouillard contenant des germes . Tous les animaux succombèrent .  

            Le 24 mars 1882, à trente-huit ans , il présenta sa découverte aux éminents spécialistes de la société de physiologie de Berlin . Pour la première fois dans l'histoire de cette institution , aucune discutions ne suivit l'exposé .Un des assistants se contenta de déclarer qu'il n'y avait rien à objecter .  

            Toutefois Koch n'était pas satisfait . Il voulait encore que l'humanité tirât un bénéfice immédiat de son travail . Il exigea que le gouvernement prit des mesures d'hygiène rigoureuses , qu'il informât le public sur les maladies infectieuses , et que tout tuberculeux fût déclaré , afin d'être placé sous surveillance médicale . Le résultat fut qu'en Allemagne le nombre de décès par tuberculose diminua de 50% en vingt-cinq ans .      

    La bacille-virgule

    Entre temps , une autre maladie faisait parler d'elle : le choléra . En 1883, une épidémie avait éclaté en Egypte . A intervalles plus ou moins rapprochés , ce terrible fléau , venu des Indes , frappait l'Occident . En 1886 , il avait fait près de 115 000 victimes rien qu'en Prusse . A Niemegk , près de Berlin , 1 habitant sur 10 en était mort . Résolu à en trouver les causes , le gouvernement allemand envoya une mission médicale , dirigée par Robert Koch , à Alexandrie . Là , des singes, des chiens, des chats et des souris reçurent une injection d'échantillons prélevés sur des malades . Les tissus pris sur eux et colorés d'après les méthodes de Koch furent examinés au microscope .  C'est après avoir étudié des centaines de ces coupes que l'équipe identifia le bacille-virgule , agent microbien du choléra .

            Koch avec ses collaborateurs (et 50 souris blanches ) , se transporta aux Indes . Il remarqua que le choléra se déclarait souvent dans des localités implantées près de petits étangs faisant tout à la fois office de baignoire , de lavoir , d'égout et de citerne . Quelques expériences permirent de démontrer que la contamination s'opérait par l'eau , les aliments , les vêtements : Koch  recommanda que les réserves d'eau soient filtrées et soumises à des contrôles .  

            En 1891, le Dr Koch devint directeur du nouvel institut des maladies infectieuses , celui-là même qui porte aujourd'hui son nom . Il put alors se consacrer à l'éradication de diverses maladies dans des régions reculées de l'Afrique , des Indes et du Pacifique . en 4896, quand une terrible épidémie de peste bovine se déclara en Afrique du Sud , il mit au point une vaccination qui sauva 2 millions de têtes .  

            En 1906, il se rendit dans un groupe d'îles du lac Victoria , dont 20 000 habitants sur 35 000 avaient succombé à la maladie du sommeil . Il conseilla d'incendier les régions infectées par les mouches tsé-tsé , agents de transmission de la maladie ,et prépara un puissant médicament qui , en peu de temps, réduisit le taux de mortalité de 90%.  

            En 1905, au faîte de sa carrière , il avait reçu le prix Nobel de physiologie et de médecine pour ses recherches sur la tuberculose . On érigea des monuments en son honneur , on donna son nom à des rues . On vendit toutes sortes d'objets ( mouchoirs, chopes à bière , pipes) à son effigie , celle du parfait professeur allemand du début du siècle tel que l'on se l'imagine , avec barbe fleurie et lunettes cerclées d'or . Lors d'un voyage triomphal au Japon , on tira un feu d'artifice qui dessina son portrait dans le ciel .  

            Epuisé par une vie de travail acharné , Robert Koch mourut à Baden-Baden , le 27 mai 1910, d'une défaillance cardiaque . Il laissait en héritage , outre ses découvertes ,une très féconde influence . Ce sont ses continuateurs qui , au cours des années ont identifié les germes  de quantités de maladies (typhus, lèpre, paludisme, diphtérie, tétanos, pneumonie, dysenterie et peste bubonique ) qu'il a été ainsi possible de combattre efficacement . Comme l'a démontré l'enraiement de l'épidémie de choléra en 1974.  Robert Koch continue à bien servir les hommes .  (source : reader's digest de 1977. Article : Clauss  Gaedemann)


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  •                        

     ....Ou l'étonnante carrière d'un des fondateurs de la microbiologie moderne .

            En 1974 , le choléra fit rage au Portugal et, du fait des touristes , menaça l'Allemagne , la Grande-Bretagne et d'autres pays européens .  

    Très vite les chercheurs , notamment ceux de l'institut Robert Koch , de Berlin , identifièrent la souche des bactéries en cause et informèrent l'organisation mondiale de la santé , à Genève , qui établit qu'elles avaient leur origine en Angola . L'épidémie fut promptement enrayée .

      Dr Koch

    Quoi de plus normal que l'institut Robert Koch ait joué un rôle éminent dans cette affaire , puisque le nom qu'il porte est précisément celui du médecin et bactériologiste allemand qui découvrit en 1883 l'agent microbien du choléra .C'est grâce aux travaux de ce savant que l'on a pu également maîtriser la tuberculose , lutter efficacement contre l'infection des plaies et commencer à élucider toutes sortes de maladies graves chez l'homme et chez l'animal ; aujourd'hui encore ils demeurent fondamentaux pour la bactériologie moderne .

            Né le 11 décembre 1843 dans une modeste maison  de Clausthal, près de Hanovre , Robert Koch était le troisième des treize enfants d'un ingénieur des mines . D'un naturel calme , il aimait collectionner les insectes , les plantes et les minéraux , et à disséquer des cadavres d'animaux .  

            Pauvre , il dut à une petite bourse , et à un sens rigoureux de l'économie , de pouvoir faire des études . En 1862, il s'inscrivit à un cours de sciences naturelles de l'université de Gôttinggen , mais il renonça bientôt pour faire sa médecine . A vingt trois-ans  , fraîchement diplômé , il épousa la fille d'un pasteur de Clausthal , la ravissante Emmy , qui lui donna un unique enfant , Gertrud , et fut pour lui une admirable compagne .  

            Après la guerre de 1870, au cours de laquelle il servit comme major , il passa un examen pour entrer dans l'administration de la santé publique et c'est ainsi qu'à vingt-huit ans il fut nommé médecin de canton à Wollstein , une ville de 3 000 habitants  en Posnanie , aux appointements de 900 marks par an (l'équivalent de 5400 deutsche marks de nos jours ) . Entre autres attributions , il avait la charge de 2 hôpitaux , était expert devant les tribunaux et devait même , dans certains cas , inspecter le bétail malade .   

            Peut-être aura-t-il fini ses jours dans cette carrière si sa femme ne lui avait offert un magnifique microscope pour ses vingt-neuf ans .  

            Ce choix fut des plus heureux . En effet , à l'école de médecine , Koch avait suivi avec un très vif intérêt le cours de Jacob Henle , un anatomopathologiste qui , dès 4840 , avait avancé l'idée selon laquelle les maladies infectieuses pouvaient être transmises par des organismes microscopiques .

    Microscope, colorants et photographies .

    Dans son modeste laboratoire de Wollstein , Koch poursuivit son œuvre . Il y élabora des méthodes tout à fait originales de recherche bactériologique . Par exemple , il eut l'idée d'utiliser les teintures à l'aniline (découvertes récemment et avec lesquelles on coloraient les spécimens mis entre lame et lamelle ) pour rendre les bactéries mieux visibles au microscope .Il constata que les microbes absorbaient avidement les couleurs et prenaient des teintes vives : bleue , rouge, brune ou encore violette .

            Retrouvant une passion de jeunesse pour la photographie , il acheta un appareil qu'il monta sur son microscope . Emmy se chargeait de surveiller le ciel et , dès qu'il était assez couvert pour permettre de prendre des clichés , elle prévenait son mari qui, toute affaire cessante s'empressait d'opérer . Koch avait fini par donner à sa femme le gentil surnom de Wolkenschieber (chasse nuage ). Les résultats qu'il obtint furent satisfaisants , et notre chercheur , enthousiaste , put aussitôt écrire au Pr Cohn que les bactéries apparaissaient beaucoup plus nettes en photos qu' à l'œil nu .  

            L'esprit toujours en éveil , il s'intéressa ensuite à l'infection  des plaies . Médecin militaire , il avait vu beaucoup de soldats en mourir (pendant la guerre , plus de 75 % des amputés n'ont pu survivre ), et dans les hôpitaux les opérés y succombaient dans la proportion de 40 à 80%. Le chirurgien anglais Joseph Lister avait déjà sauvé beaucoup de malades grâce à des compresses phéniquées dont il n'expliquait du reste pas les modalités d'actions . Grâce à de patientes recherches , utilisant  microscope , colorants, et photographie , Koch en 1878 isola 6 différents types de bactéries qui étaient à l'origine de l'infection des plaies .  

            A cette époque , le surnom du médecin de Wollstein commençait à s'étendre . En 1880 , il fut nommé membre de l'office impérial de santé à Berlin . Du même coup , il eut à sa disposition des équipements techniques modernes et 2 assistants . Il perçut un traitement annuel de 6 000 marks et emménagea dans un confortable appartement de 5 pièces . Sans tarder , il se mit à chercher un moyen de combattre les bactéries qu'il avait isolées . Il en essaya plusieurs , mais considéra que la vapeur était l'agent idéal ; de fait , on l'utilise encore aujourd'hui pour la stérilisation .


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  • Depuis plus de trente ans , ce français , journaliste au grand coeur , a consacré sa vie aux victimes de la terrible maladie .

     

    Raoul Follereau, né à Nevers le 17 août 1903 et décédé à Paris le 6 décembre 1977, est un écrivain et journaliste français, créateur de la journée mondiale de lutte contre la lèpre et fondateur de l’œuvre connue aujourd’hui en France sous le nom de Fondation Raoul-Follereau, qui lutte contre la lèpre et la pauvreté et promeut l’accès à l’éducation 

         Grâce à lui , des dizaines de milliers d'êtres humains ont recouvré la santé et reconquis leur dignité .  

            Un soir de janvier 1973, un couple revenant d'Afrique montait dans un taxi à l'aéroport d'Orly , tandis que la voiture roulait vers la capitale , le mari et la femme évoquaient les principales étapes de leur voyage . Lorsque le taxi s'immobilisa à l'adresse indiquée , le chauffeur se retourna vers ses clients .  

    - excusez-moi , dit-il , mais j'ai cru comprendre que vous étiez Raoul Follereau

    -Vous ne vous êtes pas trompé , répondit l'homme .

    - Dans ce cas , permettez-moi de régler moi-même la course . Je suis un ancien lépreux et je ne peux tout de même pas vous laisser payer alors que je vous dois la vie .

    Il n'est guère de semaines sans qu'un ancien malade témoigne d'une manière touchante sa reconnaissance à Raoul Follereau . Voici plus de trente ans que ce grand français se dépense sans compter pour combattre la terrible maladie et l'intolérable injustice dont sont victimes 15 millions de lépreux .

            En 1945 , aucun pays ne disposait de budget pour lutter contre la lèpre . Aujourd'hui , en grande partie grâce à Follereau , des centaines de jeeps, de fourgonnettes , de vélomoteurs portant son nom sillonnent les brousses africaines et les rizières asiatiques , transportant des agents chargés de dépister les sulfones qui permettent de la vaincre . Grâce à son action , également , le préjugé qui , pendant des siècles , fit des lépreux les véritables parias de la terre est aujourd'hui surnommé : on sait maintenant que la lèpre est beaucoup moins contagieuse que la tuberculose .  

            << que , par sa seule volonté et  son indomptable persévérance , écrivait en décembre 1967 Mr François Tombalbaye , alors président de la république tchadienne , un homme soit parvenu , en quelques années à ce résultat suscite notre admiration et nous permet de ne pas perdre espoir quant au destin de l'humanité >>.  

    << Les << intouchables >>  

            La lèpre est vraisemblablement originaire de l'Inde . On la trouve déjà mentionnée dans un traité de médecine indien datant de 600 ans avant notre ère .  C'est entre le XIe et le XIIIe siècle qu'elle atteint son apogée en Europe . Sous le règne de Philippe Auguste , elle fait de tels ravages que chaque bourg est tenu de construire sa ladrerie . Les lépreux , lorsqu'ils en sortent , doivent agiter une clochette . Ils ne peuvent entrer dans les églises ni même toucher un objet autrement que du bout de leur bâton .  

            Depuis 1873, date à laquelle un médecin norvégien , Gerhard Hansen, en isole le bacille , on sait qu'il s'agit d'une maladie microbienne à longue période d'incubation (de deux à cinq ans ) . Elle n'est nullement héréditaire , comme on le croyait jadis . Mais sa transmission semble fonction d'une prédisposition qui rendrait certaines personnes plus vulnérables que d'autres .  

        Le contact prolongé avec des malades , dans des conditions de vie misérables , pourrait également jouer un rôle . Pour le Dr Louis-Paul Aujoulat, qui consacra vingt ans de sa vie à soigner les lépreux africains et fut maintes fois ministre dans divers gouvernements , <<la misère et la saleté sont les deux béquilles de la lèpre >>

            Les pays les plus pauvres sont les plus touchés .  Sur les 11 millions de lépreux officiellement recensés par l'Organisation Mondiale de la Santé "OMS" (mais le chiffre de 15 millions est, pour la plupart des médecins , plus proche de la réalité ), 6,5 millions vivent en Asie , 4 millions en Afrique et 360 000 en Amérique Latine . Parmi eux , 30 à 40 % sont atteints d'invalidité , car la maladie sous sa forme la plus avancée ronge peu à peu les mains , les pieds et les reliefs du visage . L'Europe ne compte plus que quelques milliers de cas , bénins pour la plupart car dépistés à temps . En France , plus de mille personnes étaient soignées en 1975 : toutes avaient contracté la maladie dans les anciennes possessions d'Afrique et d'Asie .    

    Scènes de cauchemar

            C'est peu avant la dernière guerre que Raoul Follereau découvre cet enfer . Alors journaliste , il part pour le  Sahara  , à la demande du journal argentin La Nacion , faire un reportage sur les traces du père Charles de Foucauld ; un jour , sa voiture tombe en panne à 4 km d'un petit village du Niger .  

    Soudain , il se voit entouré d'une quinzaine d'hommes et de femmes , certains n'ont plus de mains , d'autres sautillent sur des béquilles , car ils n'ont plus pour  pieds que des bourrelets de chair tuméfiée . Tous ont le visage atrocement mutilé

    -  Qui sont ces hommes ? demande-t-il à son guide noir . 

    - Ce sont les lépreux du village .

    - Pourquoi sont  ils ici, et pourquoi ne les soignent-t-on pas ? insiste Follereau .

    - A quoi bon ? coupe le guide . Puisque je vous dis qu'ils sont lépreux ... Et il s'enfuit épouvanté .

            Cette vision va désormais hanter Follereau ; le spectacle qui l'a tant choqué est, malheureusement , loin d'être l'exception . Aux abords d'une grande ville d'Afrique , il découvre quelques baraques branlantes en face de la décharge municipale ; C'est la maladrerie . En Inde , des lépreux sont entassés dans un terrain vague , non loin du fameux Tadj Mahall . <<j'en ai même vu , dit-il , enfermés chez les fous ou parqués en plein désert , entourés de barbelés . J'ai vu leurs plaies grouillantes de mouches , leurs taudis , les pharmacies vides et souvent, des gardiens armés de fusils .>>  

            C'est pendant le guerre que la vocation de Dollereau se précise . Quittant Paris , il se réfugie à Vénissieux , près de Lyon . Là , il apprend que les religieuses de Notre-Dame des Apôtres veulent construire une léproserie à Adzopé , en Côte-d'Ivoire ; mais elles n'ont pas d'argent . Raoul Follereau voit une coïncidence providentielle entre cette volonté et l'expérience qu'il a pu lui-même accumuler . Sans hésiter , il offre sa collaboration .  

            Le 15 avril 1943, au théâtre municipal d'Annecy , il organise sa première conférence . Pendant deux heures , il raconte ses voyages et les scènes de cauchemar dont il a été témoin . Orateur-né , il sait, d'emblée, captiver son auditoire . Passant alors entre les travées , deux religieuses recueillent les premiers dons .

    L'élan est donné .

    Dans les mois qui suivent , Follereau sillonne tout le sud de la France et, en 1945 , plus de 15 000 personnes auront versé leur obole pour Adzopé au total 2 millions de francs

     

    La guerre terminée , Follereau multiplie les conférences et les appels à la radio . Bientôt le village d'Adzopé prend forme dans une clairière gagnée sur la forêt . Groupées autour de la clinique , les maisons des lépreux ont chacune leur potager , et l'on crée une crèche pour les enfants qu'on refuse d'arracher à leurs parents . Parlant de cette première réalisation , le grand naturaliste Jean Rostand dira que <<Follereau est l'un des rares poètes qui sachent transformer les beaux rêves en réalité>>.

            Follereau utilise aussi sa plume . Dans Mission de la France , un journal qu'il crée dés la fin de la guerre , ses éditoriaux trouvent en quelques mois 20 000 lecteurs enthousiastes qui , par des lettres et des dons , lui manifestent leur soutien .  

            Encouragé par l'élan qui se dessine , Follereau élargit le combat . A Saigon , en 1951 , il découvre les lépreux enfermés dans un cimetière de Cholon , faubourg de la ville .Quelques jours plus tard , il fait éclater son indignation devant l'empereur Bao-Daï . Celui-ci n'a , pour lui répondre , qu'un petit sourire désabusé .<< des lépreux , dit-il , ici vous en verrez partout ! Alors , pourquoi pas au cimetière ? >>.  

            Follereau n'obtiendra rien de l'empereur , mais deux jours plus tard , il crée à Saigon un comité d'assistance aux lépreux regroupant des religieuses , des médecins et les bonnes volontés de la ville . Un an plus tard , les occupants du cimetière seront transférés dans des locaux neufs .   

    La honte qui tue .

    Partout où il passe , Raoul Follereau , souvent connu sous le simple nom de <<papa Raoul >>, entretient les rapports personnels les plus chaleureux avec ses protégés . <<Ce qu'il fallait , dit-il , c'était de redonner confiance en eux-mêmes .>>D'innombrables malades se terrent , en effet , aux premiers signes du mal , terrorisés à l'idée d'être rejetés d'une manière infamante par leur entourage . C'est en Amérique centrale , en 1953  , que Follereau rencontrera le cas le plus douloureux de <<lèpre honteuse >> . Un notable remarque un jour sur son corps des traces suspectes et appelle son médecin . Diagnostic de celui-ci  :<<C'est la lèpre>> Quelques jours plus tard , L'homme se jette par la fenêtre . En examinant le corps , un second médecin découvre alors que le suicidé avait une banale maladie de peau . << Cet homme , conclut Follereau , n'est pas mort de la lèpre , mais d'avoir été lépreux .>>

            Une simple mention sur une carte d'identité est une cause de rejet . En 1954, pendant la guerre d'Indochine , un militaire écrit à Follereau qu'il va , à l'attaque comme tout le monde , mais qu'au repos tous ses camarades le fuient , car son livret matricule porte l'indication : <<né à la léproserie d'Accarouni (Guyane) .>>  Follereau va voir le président Auriol et obtient que la mention soit rectifiée en faisant remarquer qu'on écrit pas sur une carte d'identité <<né à l'hôpital Beaujon >>, mais <<né à Clichy>>.  

            En 1956, Follereau arrive à Tahiti sur le même bateau que le général De Gaulle . Toute la population de Papeete se presse pour accueillir l'homme du 18 juin , mais dans un coin du port 25 hommes et femmes se tiennent à l'écart: pensionnaires de la léproserie d'Orrofara , ils sont venus eux , attendre papa Raoul . Lorsqu'il apparaît à son tour sur la passerelle , une jeune fille au visage marqué par la maladie se détache du groupe et lui tend le traditionnel collier de bienvenue , mais , n'osant le lui passer elle-même autour du cou , elle attend que Follereau veuille bien le lui prendre des mains .  

    <<Alors , qu'Est-ce que tu attends ? >> lance Follereau qui lui ouvre les bras . La jeune fille hésite puis s'élance . A la suite , ses 24 compagnons , rayonnants , se précipitent pour être embrassés . La foule , jusque-là muette , se met à applaudir . C'est une grande victoire .   

    Médicaments et dépistage .

      Le combat de Follereau est considérablement facilité par la découverte des sulfones . A peine plus coûteux que l'aspirine , les petits comprimés blancs mis au point , en 1948 , par une équipe de l'Institut Pasteur , commencent dès cette date à être expédiés par boîtes de 500 grammes vers les zones où la maladie est endémique . Certes , ils ne font pas repousser les pieds ou les mains perdus , mais ils stoppent l'évolution de la maladie et, si celle-ci est dépistée à temps , permettent même , en un ou deux ans de traitement régulier , de <<blanchir >> totalement le malade .

            Mais à quoi sert un médicament , aussi efficace soit-il , si les malades ne se font pas connaître ? La lèpre étant une maladie à évolution très lente , un porteur de bacilles peut très bien ne présenter aucun symptôme visible . Aussi était-il urgent d'organiser un dépistage systématique . Pour réunir les fonds nécessaires , Follereau crée , en 1953 , la fondation qui porte son nom . De 7 millions de francs la première année , les fonds recueillis atteignent 40 millions en 1959.  

            Parallèlement , Follereau lance , en 1954, la journée mondiale des lépreux , ,qui vise à attirer l'attention du monde entier et à abolir les derniers tabous , les dernières craintes . En 1955, 150 stations de radio annoncent l'événement dans 60 pays . Dans tous les Etats africains , des hommes , des femmes , des enfants pénètrent pour la première fois dans une léproserie , les bras chargés de fleurs et de gâteaux  A Madagascar ,il faut mettre en service un train spécial pour transporter les 2000  personnes qui se rendent de Tananarive à la léproserie de Mangarano . Aujourd'hui , dans beaucoup des 130 pays où elle a lieu , la journée des lépreux a été élevée au rang de fête nationale .  

           L'action s'est peu à peu étendue et organisée . Il existe aujourd'hui en France 48 comités réunis dans le cadre de l'Association française des fondations Raoul Follereau (33, rue de Dantzig , 75015 Paris) Celle-ci fait partie de l'ILEP (Fédération internationale des associations contre la lèpre , dont le siège est à Amiens ), qui regroupe 24 associations nationales , représentant 17 pays , l'ILEP subvient aux besoins d'environ 600 centres et a distribué , en 1975 60 millions de francs . La bataille engagée par le jeune journaliste il y a trente-quatre ans est réellement devenue universelle .  

            Mais évidemment aux nombres des malades guéris que se mesure la vraie victoire . D'après les huit médecins qui composent la commission médicale des fondations Raoul Follereau , 1 lépreux sur 5 est aujourd'hui soigné dans le monde . C'est dans les pays francophones d'Afrique que la lutte contre la lèpre est aujourd'hui plus efficace . En 1973, 2 254 354 personnes (2/5 de la population) ont été visitées dans les 16 secteurs anti lèpre de la Côte-d'Ivoire . On a décelé que 3785 nouveaux cas , contre 4280 en 1972 et 5440 en 1971 . Sur les 114  629 lépreux connus , la moitié étaient en voie de guérison. Dans dix ans ,la maladie pourrait avoir totalement disparu du pays . Le même succès est à espérer au Tchad .  

    La lutte continue .

    Dans le petit appartement où Raoul Follereau m'a reçu ,rue du Général Delestraint , à Paris , les souvenirs offerts par les lépreux du monde entier voisinent avec les gages d'amitié des personnalités les plus illustres : une petite tapisserie réalisée par un touareg, une photo dédicacée de Paul VI , une canne à pommeau d'ivoire offerte par le président Mobutu .

            A soixante-quatorze ans , l'apôtre des lépreux aurait droit à un repos mérité lui permettant de se souvenir avec fierté d'une vie bien remplie , mais il en est incapable .<< certes , dit-il , nous n'en sommes plus au temps héroïques , mais il ne faudrait pas non plus se leurrer .>> Certains pays , devant les résultats déjà obtenus, ont tendance à ne plus ranger la lèpre au rang des priorités . Dans d'autres , où les progrès de la détection ont été moins sensibles que parmi les anciennes possessions françaises , elle n'a que très légèrement reculé . Enfin , la population mondiale augmente constamment , et le nombre des malades croît aussi .  

           Lors de ma dernière visite à Follereau , le téléphone sonna dans son bureau : de passage à Paris , M Aly Cissé , alors ministre de la Santé de la république du Mali , demandait rendez-vous . En raccrochant , Follereau s'est tourné vers moi ;<<Voyez-vous , me dit-il , nous allons pour l'essentiel , parler de camionnettes , de vélomoteurs et de pirogues  .La lutte continue .>>   (source : reader's digest . Avril 1976 , article de Jean-Marie Javron ) 


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  •                         En six vagues successives .  

    Le mal frappe à l'improviste , avec une prédilection pour les lieux qui , à l'instar des rives verdoyantes du Bengale , son foyer d'origine , ont un climat chaud , humide , pluvieux et sont dépourvus d'hygiène . Pourtant , on l'a vu faire soudainement irruption dans des régions proches de l'arctique , en s'attaquant aussi bien aux régions côtières surpeuplées qu'aux campements installés dans des étendues quasi  désrtiques .

            Au XIXe siècle , le choléra est venu exploser dans divers pays , en six vagues successives , à mesure que les voyages et les échanges commerciaux se développaient entre les Indes et les grands ports européens . Certaines années , on enregistrera 53 000 morts en Angleterre , 115 000  en Allemagne , 130 000 en italie . Entre 1892 et 1894 , on compta 800 000 victimes rien qu'en Russie . L'océan Atlantique n'arrêta pas sa propagation . En 1832, il se glissa à bord des bâteaux d'émigrants et envahit les Etats-Unis où , en plusieurs décennies , il fit 150 000 morts .  

            Personne ne soupçonna la cause de ces épidémies jusqu'en 1854 , lorsque éclata celle de Londres . A l'époque , beaucoup de citadins allaient pomper leur eau à des fontaines publiques . Le Dr John Snow , entreprenant une enquête ; remarqua une étrange coïncidence : dans un rayon de 230 mètre autour d'une pompe située dans Broad Street près de Picadilly Circus , 500 personnes étaient mortes en l'espace de dix jours , nettement plus que dans tous les quartiers voisins .  

            L'eau pompée semblait claire , et l'on n'était pas encore armé pour imaginer même la présence des minuscules baciles du choléra . Mais pour le Dr Snow , la coïncidence était suffisante ; il fallait empêcher les gens d'utiliser cette eau et donc enlever d'urgence le bras de la pompe de Broad street . Bien que sceptiques , les autorités suivirent ce conseil ... et l'épidémie cessa . En examinant ultérieurement le puits ,,on découvrit qu'il était contaminé par les eaux d'une fosse d'aisance fissurée toute proche . Le lien entre les eaux d'égout et le choléra se trouvait établi .  

            Cette leçon porta ses fruits et la situation commença de s'améliorer . On activa les progrès sanitaires et on perfectionna l'épuration des eaux . Au fil des années , les canalisations modernes , l'eau et la nourriture saines apportérent le confort et la sécurité aux pays industrialisés . En 1883 , le bactériologiste allemand Robert Koch , isola le bacille de la maladie , le Vibrio cholerae . Un pas important était franchi . Si ce fléau a poursuivi ses ravages en Asie , où l'on a dénombré 15 millions de morts au cours des soixante dernières années , partout ailleurs le souvenir même s'en était estompé .  

            Or depuis 1960, le monstre s'est réveillé .  

      Personne ne sait au juste pourquoi , dit le Dr Greenough. Le choléra continue à se propager le long des anciennes routes des caravanes ,mais sans doute dans les transports aériens , fréquemment empruntés de nos jours, sont-ils un facteur d'importance .

            Les <<porteurs sains >> , c'est-à-dire les personnes qui, bien que contaminées , ne manifestent que peu de symptômes , voire aucun , peuvent involontairement transporter le mal . De plus , le problème se complique par l'absence d'un vaccin réellement efficace ; celui en usage jusqu'ici a été supprimé par l'organisation mondiale de la santé de la liste qu'elle présente aux usagers des lignes internationales.  

            Il n'agit guère qu'à 50% , et pour six mois seulement , dit le Dr Branko Cvjetanovic , chef du service des maladies bactériennes au bureau central de l'OMS , à Genève . Et comme il ne fait effet qu'au bout de deux ou trois jours , il ne sert à rien en cas d'épidémie , à moins qu'on ne procède à des vaccinations massives dans la zone contaminée dès la première semaine d'alerte .  

            Ainsi la choléra a repris sa progression , gagnant d'abord du terrain en Asie , pour se propager ensuite en Iran et en Irak et franchir le Bosphore en 1970. La même année il s'est introduit dans des villages d'Afrique , où , sur 12 000 malades , il en a tué 643. La Russie , l'Espagne et le Portugal sont frappés et l'on a signalé des cas en Australie , en Nouvelle-Zélande et en Laponie suédoise . A la fin de 1974 , quelque 33 pays étaient touchés : cette année-là ,,on enregistrait jusqu'à 80 000 cas et 7 000 morts .  

            Il est cependant possible , dit le Dr Cvjetanovic , qu'on ne connaisse jamais l'extansion de cette septième pandémie , car on manque de rapports sur les cas de choléra . Les pays en ont honte et redoutent que le fléau ne ruine leur tourisme et leur commerce .  

            Dans un Etat africain par exemple , un homme a été condamné à la prison pour avoir <<humilié >> sa patrie en révélant à un journaliste qu'il avait été malade . Par la suite des centaines de ces compatriotes ont succombé faute d'avoir été avertis . Le plus tragique dans une telle attitude , c'est que la maladie est parfaitement curable aujourd'hui , quand elle est prise à temps .

    Réhydrater le malade

    Depuis dix ans on a considérablement progressé , tant en Asie qu'en Europe et en Amérique , dans la connaissance du choléra . Sachant que ses attaques sont violentes mais courtes , car il disparaît en moins de huit jours , le problème était de trouver le moyen de maintenir le malade en vie assez longtemps .

            Les chercheurs y sont parvenus en restituant au cholérique , par voie intraveineuse ou orale ,les quantités de liquide qu'il perd . Le volume peut être surprenant ; un jeune Bengali a dû en absorber près de 100 litres pour se réhydrater avant que la maladie lâche prise , mais les résultats sont miraculeux , des milliers de malades ont été ainsi traités , et le taux de mortalité est descendu à moins de 1% .  

            En 1971, pendant la guerre indo-pakistanaise , dans les camps de réfugiés autour de Calcutta , des milliers de Bengalis ont été sauvés par un traitement oral mis au point en 1970 au laboratoire de recherches sur le choléra à Dacca  , Bangla Desh , et à l'hôpital des maladies infectieuses de Calcutta . Il s'agit d'un mélange d'eau , de sel et de glucose qui , avalé en grande quantité , peut venir à bout du blocage de l'absorption . Le composant essentiel du mélange est le glucose , un sucre simple (monosaccharide) dont les molécules , insensibles à l'action des toxines du choléra , passent sans encombre dans l'organisme , entraînant avec elles des sels et des liquides indispensables à la vie .  

            Pour bien des gens , le mot choléra garde néanmoins une résonnance moyenâgeuse et funeste . Pour exemple , citons les événements de Naples , pendant l'été de 1973, quand se déclara une mini-épidémie . Introduits dans la ville par des porteurs Sains ou des aliments , les microbes trouvèrent le chemin des égouts qui se déversent dans la baie . Une fois là , ils contaminèrent la vase sur laquelle s'engraissaient des moules .Le jour où celles -ci furent consommées crues , à la mode napolitaine , le choléra frappa , et ce fut l'affolement .  

            Chacun se souvint aussitôt de l'épidémie qui avait ravagé le pays en 1884 , tuant 7 000 personnes dans la seule ville de Naples , où chacun fut frappé de terreur ; 10 000 touristes s'enfuirent ; les rues , habituellement encombrées , devinrent étrangement désertes et ordre fut donné de les désinfecter ; cette mesure était totalement inefficace, mais elle évoquait les fléaux de jadis . Quand , en fin de compte ,on découvrit que les moules étaient les coupables , on les immergea loin au large .  

            Cependant , les Napolitains réclamaient du vaccin . A seule fin de calmer la peur , les autorités firent venir par avion 1 300 000 doses , quantité suffisante pour tous les habitants . Mais l'opération ne se déroulant pas assez vite , des troubles éclatèrent çà et là . La terreur ne commença à s'apaiser que lorsque les médecins eurent vacciné, en une semaine , 1 millions de personnes .    

    A Naples un lourd tribut

    Six semaines plus tard , l'épidémie était enrayée . Nombre de Napolitains se mirent alors à festoyer joyeusement ,se moquant d'eux-mêmes et des <<cures>> de vin , de bière de vinaigre et de citron qu'ils avaient suivies pour renforcer l'effet des vaccins . Mais la choléra avait , une fois de plus , exigé de la ville un lourd  tribut  . Sur le plan financier , le chômage et le départ des touristes lui firent perdre 60 milliards de lires . Il y eut trop de décès auregard de la thérapeutique moderne : 12 cas mortels sur 127, dont la plupart les premiers jours , quand les médecins n'avaient pas encore identifié la maladie .

            Plus grave encore  fut l'épidémie qui éclata au Portugal , en mai 1974. De mai à décembre , on enregistra plus de 2 200 cas dont près de 40 mortels . Toutefois , grâce à la surveillance rigoureuse opérée par les services sanitaires , jointe à la rapidité et à l'efficacité des soins , on réussit à maintenir la mortalité à un taux relativement bas .  

            La maladie risque de prendre des proportions graves seulement si les gens s'affolent , conclut le Dr Dodin . Si quelques cas se déclarent à un endroit donné , la meilleure chose à faire , c'est d'attendre sur place l'arrivée des secours médicaux . Les personnes atteintes , mais qui ont été en contact avec les malades , ne doivent pas bouger .  En fuyant le lieu où le mal a fait son apparition ,,on ne fera que le répandre . Le ministre de la santé a donné aux médecins des instructions très strictes qui permettent d'enrayer rapidement toute épidémie de ce genre . C'est sur les lieux mêmes où la maladie se sera déclarée que des équipes de spécialistes seront envoyées et que ,,par conséquent ,on pourra recevoir les meilleurs soins . La menace existe toujours , le choléra est à nos portes , mais il n'est plus le fléau qu'il était autrefois , car nous avons les moyens de le juguler . (source : Reader's Digest de 1975; texte d'Emily et Ola d'Aulaire)

     

     


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      C'est le nom que les parisiens avaient , en 1832 , donné au choléra .  

    Ce fléau mortel , que l'on croyait extirpé du monde occidental , frappe de nouveau dans nos pays , mais nous avons les moyens de le juguler    

    A Paris : l'épidémie de 1832

            On le nommait Morbus , choléra Morbus . A paris , les petits enfants l'avaient baptisé <<Nicolas>> ou <<Scélérat Morbus >>, et le chantonnaient dans leurs rondes , sans se douter qu'il ne resterait pas sourd à leur appel . Comment s'inquiéter , en 1832 , d'un mal qui , quinze ans auparavant , avait pris naissance sur les bords du Gange ? Il faut longtemps pour venir de l'Inde à Paris .  

            En février 1832, un portier de la rue des Lombards , Veillot , homme de quarante ans , robuste et sanguin , se réveilla une nuit en proie à de violentes douleurs intestinales accompagnées de diarrhée, de vomissements . Bien que tremblant de fièvre , il avait le corps glacé , les membres raidis . Il expira dans d'atroces souffrances .  

            Energiquement , mais tardivement , le préfet Gisquet recourut aux mesures qui s'imposaient . On cura les égouts , on assécha en pleine rue des mares pestilentielles , on répandit du chlore sur les chaussées . En vain . Le 26mars , Morbus attaqua de nouveau ; en des quartiers différents "Cité, Monnaie, Arsenal, Hôtel de Ville " 4 personnes furent <<prisent >>. Le mal galopait et la médecine tâtonnait : camphre et charbon ? eau froide et glace ? tisanes , grogs et punchs ?  

            Bientôt le nombre des victimes s'accrut avec une rapidité effrayante " 700 à 800 décès par jour . Morbus frappait indistinctement riches et pauvres . Champollion , la marquise de Montcalm, le général Pujol, des membres de la pairie et du corps législative étaient pris .Le plus souvent , la mort était presque foudroyante . Trois heures ont suffi pour transformer une charmante créature de vingt ans , Mme de Champlâtreux , fille du comte Molé , en cadavre défiguré .

            Les souscriptions et les dons en nature affluèrent dans les mairies et les bureaux de bienfaisance . Prêchant d'exemple , le duc d'Orléans , fils aîné du roi , se montre assidu au chevet des malades , de même que Casimir Périer , le ministre de l'intérieur . Bravement , le <<populaire >> affecte l'insouciance . On trinque , dans les estaminets à la santé de <<Nicolas>> , quitte à tomber , le verre en main , saisi de froid mortel .  

            Les mesures  d'assainissement demeuraient lettre morte devant le danger que représentaient les chiffonniers . Fouillant les tas d'ordures déposées devant les maisons , ils essaimaient les germes de la contagion . Pour mettre fin à ce trafic malsain , la préfecture concéda à l'entreprise Savalette le monopole du nettoiement , par charrettes couvertes . Se prétendant privés de leur gagne-pain , les chiffonniers attaquèrent les véhicules , les brûlant ou les précipitant dans la Seine . Le 1er avril , le désordre tourna à l'émeute . Il y eut des morts et des blessés . La politique s'en mêla . Des esprits mal intentionnés combattaient la <<légende du choléra >>. Le choléra n'existait pas ! Le seul coupable était l'état dont les agents répandaient furtivement de l'arsenic dans l'eau des fontaines . Le plus paisible des promeneurs se voyait soudain entouré d'une meute hurlante qui l'accusait d'avoir jeté au passage de la poudre meurtrière .  

            Ce mois d'avril marque le point culminant de l'épidémie .En mai , elle fléchit légèrement , de 700 à 800 cas par jour ; à la fin du mois , on ne compte plus que quelques admissions isolées à l'hôpital . En août ,le choléra semble reprendre une vigueur nouvelle , mais elle n'est que passagère    

        Lorsque le fléau se fut éloigné , on dénombra les victimes . Les statistiques officielles évaluèrent leur nombre à 18 000 pour le département de la Seine (600 000 habitants ). Mais la désorganisation de l'état civil et des hôpitaux , l'afflux des défunts inconnus déversés dans des fosses n'ont sans doute pas permis un exact recensement . Il semble , d'après le témoignage des contemporains , que le chiffre de 30 000 n'ait rien exagéré .  

        Les Français n'ont pas oublié Morbus  (source Georges Imann-Gigandet , historia , juin 1974)

    Un jour d'été de 1971 à Dourdan , une femme de soixante ans Ginette Bertin * , était transportée d'urgence à l'hôpital le plus proche . Elle souffrait de diarrhée , de violentes nausées et de crampes . L'examen clinique révéla une température extrêmement basse ; les reins étaient bloqués , la peau étrangement tendue et plombée . En peu de temps , le pouls et la tension devinrent imperceptibles . Les médecins étaient perplexes et aucun d'eux n'osaient prononcer le nom qui s'imposait à leur esprit .

            Deux ans plus tard , Paolo Ferrari , à bord de son beau canot de pêche bleu clair , ramait dans la baie de Naples , quand , soudain il se sentit si mal qu'il s'affaissa au fond du bateau .  

          A peu près à la même époque , à Port Lavaca au Texas , un homme de cinquante et un ans Michel Sanchez , était brutalement terrassé . Pour sa part , dans les champs de jute du Bangla Desh , Abdul Rahman , vingt quatre ans , se trouva d'une seconde à l'autre incapable de poursuivre son travail . Il avait des nausées et, bien qu'il fît chaud sous le soleil , ses mains et ses pieds étaient froid et moites . Ces symptômes l'incitèrent à se rendre en hâte à l'infirmerie la plus proche avant qu'il soit trop tard , car il craignait d'être frappé à son tour par le mal qui tue tant de ses compatriotes chaque année .  

    De fait , ces quatre personnes étaient atteintes de la même affection , le choléra , ce fléau qui a fait plus de victimes que la peste bubonique au long des siècles dans le monde entier . Au Bangla Desh , il était connu , mais en France , en Italie et au Texas , il fit l'effet d'une bombe . Or voici que le choléra reprend son offensive et que les épidémies s'étendent dans des pays jusque-là épargnés , à une vitesse alarmante . Aujourd'hui , en Afrique , en Asie et en Europe , plus de la moitié de la population mondiale vit dans des régions contaminées . L'événement de Dourdan a marqué le retour de la maladie en France après un demi- siècle de rémission

     Depuis , on a observé quelques cas çà et là , en France ces dernières années  dit   le Dr André Dodin , chef de l'unité choléra et vibrion à l'Institut Pasteur .Mais je crains surtout qu'une épidémie se déclare en été , dans un bidonville par exemple , dans tous les endroits où existent encore des conditions d'hygiènes déplorables .  

            En bref , le choléra est une diarrhée , la pire qui soit et dont, jusqu'à une période fort récente , bien peu guérissaient . Il se transmet par un microbe en forme de virgule qui se développe dans l'eau et les aliments infectés par les déjections d'un sujet atteint . La période d'incubation ne durant que de un à trois jours , il peut ainsi frapper comme l'éclair et ravager une communauté humaine en un rien de temps . Il n'attaque pas les animaux .  

            Une fois qu'il a pénétré dans l'organisme , la microbe prolifère dans l'intestin grêle , où il libère des toxines qui bloquent le passage normal des liquides à travers ses parois et le transforment ainsi en un simple tuyau d'arrosage ; de surcroît , ces toxines provoquent la sécrétion de liquides , que l'intestin prélève sur les réserves vitales d'eau , de sels et d'alcalis des tissus organiques , et élimine aussitôt . Cette évacuation , qui s'effectue sous forme de diarrhée incolore , inodore et composée presque uniquement d'eau salée , est tellement abondante que le malade se déshydrate très rapidement et que son sang s'épaissit . Souvent il est atteint de vomissements .  

            Dans les cas extrêmes , chaque heure de diarrhée représente une déshydratation équivalente à celle obtenue en passant une journée entière dans un désert torride , et il ne sert à rien de boire des liquides ordinaires puisque l'absorption en est bloquée . Quelques heures peuvent suffire pour entraîner la mort qui, dans les pires cas ,,frappe 75% des cholériques .  

            Le monde ne connaît pas de maladie infectieuse qui affaiblisse plus rapidement que celle-là , affirme un spécialiste américain , le Dr William B. Greenough III de l'hôpital John Hopkins à Baltimore , Maryland .  *les noms des malades ont été changés


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                            Une thérapie innovante récompensée pour les patients atteints d’une cholestase génétique grave, la « cholestase intrahépatique progressive familiale de type 2»  

    En novembre 2012, le Dr Emmanuel Gonzales, chef de clinique-assistant dans le service d’hépatologie et de transplantation hépatique pédiatriques du Professeur Emmanuel Jacquemin à l’hôpital Bicêtre (AP-HP) a reçu, pour ses travaux sur le transporteur hépatique des acides biliaires BSEP*, le « Pediatric Research Award 2012 » de l’American Association for the Study of Liver Diseases (Congrès mondial des maladies du foie de l’adulte et de l’enfant). Le point sur cette étude.

                Créé il y a plus de 40 ans par le Pr Daniel Alagille, le service d’hépatologie et de transplantation hépatique pédiatriques de l’hôpital Bicêtre (AP-HP) a été le premier service au monde à prendre en charge exclusivement les maladies du foie de l’enfant.    

                L’activité de soin du service consiste à diagnostiquer ces maladies, rares et fréquemment héréditaires, pour pouvoir ensuite les traiter. La transplantation du foie est souvent le traitement de référence de ces maladies mortelles, pour la plupart d’entre elles. Depuis le début de l’activité de transplantation hépatique pédiatrique initiée sous l’impulsion du Pr Olivier Bernard à l’hôpital Bicêtre en 1986, plus de 1000 transplantations hépatiques y ont été réalisées et environ 90% des enfants survivent grâce à celle-ci. L’activité de recherche du service menée par le Pr Emmanuel Jacquemin, a été de comprendre les mécanismes de ces maladies du foie, en identifiant les gènes en cause et en étudiant leur fonction. Ces travaux de recherche ont pour objectif idéal de proposer un traitement médical adapté, alternative possible à la transplantation hépatique.    

                Le travail du Dr Gonzales porte sur l’étude du transporteur hépatocytaire des sels biliaires, BSEP, une protéine mutée chez les patients atteints de cholestase intrahépatique progressive familiale de type 2 (PFIC2). La PFIC2 est une maladie héréditaire, sévère dès les premiers mois de vie et souvent mortelle pendant l’enfance. Initialement, elle était dénommée maladie ou syndrome de Byler. Dans cette maladie, les sels biliaires qui ne peuvent pas être transportés du foie vers la bile par la protéine BSEP, engorgent le foie et le détruisent progressivement. L’expérience menée par le Dr Gonzales au sein de l’équipe du Pr Jacquemin (unité de recherche INSERM 757), a consisté à reproduire in vitro dans une lignée cellulaire (similaire aux cellules hépatiques) les anomalies génétiques identifiées chez les patients (mutation de type faux sens) et à étudier la localisation et le fonctionnement de BSEP muté. Il est apparu que la protéine mutée anormale ne se situait pas au bon endroit de la cellule hépatique et ne pouvait donc pas exercer ses fonctions correctement. Les travaux ont montré que l’utilisation de drogues chaperones permettait dans une proportion importante des cas de relocaliser les protéines mutées au bon endroit de la cellule hépatique, leur permettant ainsi d’exercer leur rôle, au moins en partie. Une de ces drogues, le 4-phénylbutyrate, bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché, a pu être proposée puis administré aux patients pour lesquels un effet positif avait été observé in vitro.    

                « Ce traitement permet d’améliorer considérablement le quotidien des patients qui pourraient, on l’espère, ainsi échapper à la transplantation hépatique. A ce stade, l’expérience a été menée sur 4 enfants et jeunes adultes âgés de 10 à 22 ans et l’amélioration est significative. Les travaux se poursuivent pour confirmer ces résultats préliminaires et proposer d’autres types de thérapies médicales innovantes. Il s’agit d’une expérience de médecine personnalisée, qui ouvre de nombreuses perspectives de recherche et d’applications » explique Le Professeur Jacquemin.    

    * Bile Salt Export Pump : principale pompe d’exportation des sels biliaires du foie dans la bile


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    Soeur Emmanuelle a tout abandonné pour les parias du Caire .

    soeur Emmanuelle

     Soeur Emmanuelle est née Madeleine Cinquin le 16 novembre 1908 à bruxelles . Elle est morte le 20 octobre 2008 à Callian (var) . Elle fut souvent surnomée la petite soeur des chiffonniers

            Chaque matin , au lever du soleil , une haute et mince silhouette traverse d'un pas alerte l'un des faubourg surpeuplés du Caire, descend la colline en se faufilant à travers des monceaux d'ordures et monte dans un autocar bondé pour se rendre à la chapelle des jésuites , en pleine ville ; la messe terminée , elle retourne vers ce que beaucoup tiennent pour l'endroit le plus hideux de toute l'Egypte : la colline des Zabbaline .  

            Ces éboueurs-chiffoniers vivent là par milliers , entassés à douze et plus dans des baraques sans fenêtres faites avec des bidons de pétrole , des cartons d'embalage , de vieux tapis , des boîtes de conserves et, en guise de toits , des branches de palmier  séchées . Le tout , groupé en plein désert sur une immense butte de détritus qu'entourent des tas d'immondices pourrissant au soleil est englué de crasse et de puanteur .  

            Là, des centaines d'hommes et d'enfants se lèvent à trois hures du matin , attellent leurs bouricots à des charettes dans lesquelles ils partent ramasser les ordures ménagères de la capitale . De retour vers midi, ils déchargent et inspectent minutieusement leur butin pour récupérer tout ce qu'ils pourront vendre, réparer, voire utiliser eux-mêmes ou donner à manger à leurs bêtes ; ce qui reste achève de pourrir , ou se consume lentement .    

    Mes frères et soeurs .

    Dès que la mince silhouette atteint le bidonville , des enfants , pieds nus , escaladent les tas d'ordures et de débris de verre pour venir lui dire bonjour en s'accrochant à ses jupes et à ses bras . <<Ezzayak? (comment ça va ?) >> leur demande t'elle avec un large sourire , en en prenant cinq ou six dans les bras . Des femmes sortent sur le pas de leur porte et la saluent en l'appelant Ableti (grande soeur) . Elle leur répond dans un arabe très correct , s'adressant à chacune par son nom , demandant des nouvelles de leurs familles . Elle a un mot de cosolation pour les malades et salue les réussites d'un chaleureux <<bravo>>.

            Le rayon du soleil qui illumine cet univers sordide a pour nom soeur Emmanuelle . Imposante et dynamique , cette religieuse française de soixante-quatorze ans , qui se consacre depuis douze ans à ceux qu'elle appelle affectueusement mes frères et mes soeurs , a des yeux gris très doux et ponctue souvent ses propos d'un enthousiasme yalla ! (allons ! La vie est merveilleuse) . Récemment , je l'ai emmenée en voiture au Caire , à midi , heure où la circulation est intense . Tout à coup  elle m'a demandé de m 'arrêter , puis a sauté à terre , foncé entre quatre files de véhicules , enjambé une clôture et franchi un quai de gare ... enfin elle est revenue haletante pour m'apprendre indignée , qu'un important colis destiné à ses chiffoniers n'était pas encore arrivé . <<Je déteste les décevoir! >> s'est-elle exclamée.  

            Les zabbaline ne sont pas les plus pauvres des Cairotes , mais ce sont de vrais parias . <<Les enfants ne reçoivent aucune instruction parce que les parents ne les laissent pas aller dans les écoles situées hors de leur bidonville , m'a dit frère Boulad , directeur du collège catholique de La Salle et ami de longue date de soeur Emmanuelle . Personne n'approche ces malheureux , personne ne leur parle .>>

            Sauf soeur Emmanuelle . <<dès son arrivée , ajoute frère Boulad , elle s'est interressée à eux de tout son coeur . Un chiffonnier m'a dit un jour : c'est la première fois que quelqu'un comme ça m'a salué .>>  

             Soeur Emmanuelle se dévoue corps et âme aux zabbaline depuis le jour où en 1971, l'archevêque Mgr Bruno Heim , alors pro-nonce apostolique au Caire , lui proposa de visiter avec lui le lieu où demeurait le jeune éboueur de son quartier , près du village d'Erzbet el Nakhl.  

            <<c'est un désert plein d'immondices , raconta-t-elle à l'époque ; nous avançons dans des ruelles jonchées de pelures d'oranges ; les cochons n'en veulent pas . Ici où là , une bête crevée . Partout , l'odeur infecte des ordures en décomposition . Et au milieu de toutes ces immondices , des enfants , corps bronzés et têtes crépues . Ca fait mal . Un petit a ramassé une tomate aux trois quart pourrie . Non, non ,ne la mange pas ! Sa mère rit : Oh ! il est habitué . Elle serre dans ses bras un bébé couvert de mouches . On ne peut laisser dans cet abandon des petits hommes ... C'est décidé, j'embarque .>>   

            Alors , à soixante-deux ans , elle obtint de son ordre " Notre Dame de Sion " et des autorités locales stupéfaites la permission d'aller s'installer dans le bidonville . Logeant dans une cabane infestée de cafards et de rats , ,elle se nourrit comme les zabbaline de haricots , de pain de fromage et de fruits gâtés . Elle n'a accepté qu'un seul privilège : une toilette privée , qui n'est d'ailleurs qu'une baraque branlante au-dessus d'un trou creusé dans le sol .  

            Ses premiers jours , elle les passa à visiter chaque cabane , prenant le thé assise par terre avec les femmes , jouant avec les enfants . Gagner la confiance  des zabbaline n'était pas facile . Musulmans , certains étaient convaincus que soeur Emmanuelle chercherait à les détourner de leur foi ; d'une façon générale , ils se méfiaient des étrangers , surtout des occidentaux .<<Leur hostilité était si forte au début , dit Mgr Heim ,,que c'est tout juste s'ils n'ont pas lapidé la pauvre soeur Emmanuelle .>>  

            Mais elle de commenter : <<les obstacles doivent nous inciter à poursuivre nos efforts . C'est ce que j'ai fait.>>

    Dieu avec nous .

    Apparemment , rien dans sa vie antérieure ne la préparait à affronter de telles difficultés . Née à Bruxelles en 1908 dans une famille française aisée , Madeleina Cinquin , semblait promise à une vie facile . Mais à douze ans , la lecture d'un livre de prix traitant des missions en Afrique décide de sa vocation . << dès ce moment , explique-t-elle , je résolus de me faire missionnaire . >> A vingt ans , elle entra dans l'ordre de Notre -Dame de Sion et prit le nom de Sœur Emmanuelle (dieu avec nous)

            La jeune religieuse commença sa carrière en enseignant dans des écoles françaises en Turquie  et en Tunisie . Après avoir obtenu des diplômes de philosophie , de grec et de latin à Bruxelles , Istanbul et Paris , elle est envoyée en 1965 à Alexandrie comme professeur dans un collège des dames de Sion . Mais c'était les enfants des riches , et non ceux des pauvres , qui fréquentaient les établissements religieux , constata-t-elle . De plus en plus déçue , elle demanda à Mgr Heim de l'aider à remplir son apostolat , et il lui fit visiter le bidonville de zabbaline ...  

            les premières semaines se révélèrent pénibles , car sœur Emmanuelle se heurtait à un mur de suspicion et d'hostilité . Puis un soir ,en regagnant sa cabane , elle s'aperçut que son broc  d'eau était vide et que la pompe située à l'extérieur était en panne . Il faisait nuit noire et tout le monde dormait . Mais une voisine qui l'avait entendue essayer vainement d'amorcer la pompe vint lui offrir une cruche pleine d'eau .<< J'ai été bouleversée , dit sœur Emmanuelle . Cette femme m'a donné tout ce qu'elle avait ,jusqu'à la dernière goutte .>>  

            Cette acte de bonté marqua un changement complet dans l'attitude des éboueurs . Les femmes saluaient plus cordialement la religieuse et lui offraient de la nourriture . Sœur Emmanuelle ne perdit pas de temps . Avec l'aide de ses voisines elle balaya une cabane inoccupée où elle installa une douzaines de bancs et quelques tables qu'elle avait fabriqués avec de vieilles caisses . Ayant obtenu une petite subvention de l'organisation catholique Caritas , elle acheta des crayons , de la craie , du papier , et eut la joie d'accueillir dans cette école toute neuve une dizaine de petits élèves . L'un des hommes écrivit sur la porte en gros caractères arabes Allah Mahaba (dieu est amour ), et au-dessus il traça une croix et un croissant entrelacés . <<Cela symbolise tout ce que nous faisons ici ! >> dit sœur Emmanuelle  

            Et bientôt , plus de 50 enfants se pressèrent chaque matin à l'école . Caritas offrit à chacun d'eux un sarrau de coton et un cartable de toile . <<J'étais ravie de voir ces petits parfaitement propres cinq heures par jour >> dit sœur Emmanuelle .  

            Tout aussi important , les parents , de plus en plus fiers de leurs enfants , étaient de moins en moins hostiles à ce qui venait de l'extérieur ; ils autorisaient maintenant leurs rejetons à poursuivre leurs << études >> à l'école primaire du village voisin  

            Ensuite , sœur Emmanuelle s'occupa des femmes . Une fois le jardin d'enfants terminé , à 13 h , elle ouvrit la salle de classe à toutes celles qui désiraient apprendre à coudre , à tricoter , à faire du crochet . Après quelques hésitations , 70 femmes se mirent à fréquenter régulièrement ces cours de pratiques . Certaines apprirent même à se servir d'une machine à coudre , don d'un ami suisse , et acceptèrent des <<commandes >> extérieures qui leur donnèrent de précieuses ressources financières , et développèrent en elles le sentiment de leur dignité .  

            En fin de journée , la petite salle de classe était encore disponible quelques heures . Aussi sœur Emmanuelle lança-t-elle un cours d'alphabétisation pour adultes . Au début , personne ne vint . Après une longue journée de travail , les éboueurs préféraient boire et risquer leur argent au jeu . Mais elle persévéra . Finalement quelques élèves se présentèrent , puis d'autres , et bientôt elle en eut tant , et si doués , qu'elle dut engager un instituteur . Le 28 octobre 1977 , qu'elle considère comme l'un des plus beaux jours de sa vie , Kamal Khairallah , remis des certificats de langue arabe à 36 éboueurs . Grâce à ce précieux document , nombre de ces diplômés trouvèrent des emplois au Caire . Depuis , bien d'autres ont suivi l'exemple . 

    Aide-toi .

    Une part de la stratégie qu'emploie sœur Emmanuelle pour stimuler l'amour-propre des zabbaline consiste à accroître leur sens des responsabilités . Ainsi , le jour où une jeune femme vint lui demander de prier pour son bébé atteint de déshydratation , elle lui répondit :<< Je prierai pour ton enfant , mais il faut aussi que tu l'emmènes chez le docteur .>> Comme le dit son ami Michael Tobin , un diplomate britannique alors en poste au Caire , << son vrai message était ; <<aide-toi , le ciel t'aidera >>. Avec le temps ses protégés l'ont de mieux en mieux compris .

            La religieuse ne pouvait pas grand-chose pour améliorer l'état sordide des lieux , car elle ne disposait d'aucun crédit ; mais elle était résolue à <<tirer les enfants de ce milieu infect au moins une semaine par an >>. En 1973, elle sollicita et obtint du représentant au Caire du programme de développement des Nations Unis une subvention de 800 livres égyptiennes . Dès cette somme reçue , elle acheta un minibus et emmena pendant dix jours , 30 de ses meilleurs élèves dans un camp de vacances au bord de la mer , à Alexandrie .  

            <<Quand ils virent la mer pour la première fois , ce fut un délire >>, raconte-elle . Grâce aux contributions d'amis étrangers et au dévouement de Georges Zaki , un ancien chauffeur de taxi qui abandonna son métier pour devenir le conducteur à plein temps des zabbaline , ceux-ci "enfants et adultes " bénéficient maintenant d'excursions plusieurs fois par an .  

            Le succès de ces séjours au bord de la mer incita sœur Emmanuelle à envisager la création d'un centre de vacances communautaire hors du bidonville , afin que les éboueurs-chiffonniers <<puissent échapper à l'influence dégradante du milieu >>. En 1975, elle fit appel à Mgr Athanasios , évêque copte orthodoxe de Béni Souef n ville située au sud du Caire . Le prélat accepta la présidence de ce centre et lui offrit la collaboration de cinq religieuses de sa communauté . Un groupe de militants enthousiastes "catholiques, coptes et musulmans" s'attachèrent à la réalisation de ce projet qualifié par Mgr Athanasios de <<vraiment œcuménique >>.  

            Les secours vinrent également de l'étranger . Depuis plusieurs années , sœur Emmanuelle adressait à 2 000 amis un bulletin intitulé <<Lettre du Caire >>., vivant comptes rendus de son existence parmi las zabbaline . Comme les demandes de renseignements relatifs au centre se multipliaient , elle décida de répondre personnellement à chacun de ses correspondants .  

            En 1976 , elle entreprit ses premières campagnes d'appels de fonds , des tournées de conférences en Europe , voire aux Etats-Unis et au Canada . Les dons affluèrent , et elle ne tarda pas à disposer du million de dollars nécessaire pour entreprendre les travaux .  

            Elle entama aussitôt des négociations avec les autorités locales pour l'achat d'un terrain de 1 hectare situé à 500 mètres du bidonville , et le 29 mars 1980 Mme Sadate inaugura le premier édifice terminé , un jardin d'enfants à un étage . Baptisé Centre Salam (centre de la paix ) Le projet est maintenant achevé . Ses six immeubles de ciment sont utiles au bidonville comme aux villages voisins . Le dispensaire traite environ 300 personnes par semaine . Un cabinet dentaire fonctionne depuis 1982, ,et une maternité s'ouvrira dans un proche avenir . Un autre immeuble abrite des classes d'alphabétisation , de couture et de travaux d'aiguilles , fréquentées quotidiennement par une centaine de jeunes filles . D'autre part ,,un centre de formation donne à une cinquantaine de garçons la possibilité d'apprendre à devenir plombiers, soudeurs , plâtriers et charpentiers . Un foyer pour mères célibataires vient aussi d'ouvrir ses portes .  

            En décembre 1981, sœur Emmanuelle fut atteinte d'une broncho-pneumonie . Ses amis craignirent qu'elle soit obligée de ralentir ses activités . Aujourd'hui , pleinement rétablie , elle travaille , à nouveau jusqu'à seize heures par jour . Elle a confié la direction du Centre Salam à sœur Sara , de l'église copte orthodoxe , et, bien qu'elle y retourne souvent pour voir ses amis , elle vit et œuvre maintenant dans un autre bidonville de chiffonniers , situé au de la falaise du Mokattam . Son unique désir est de rester en contact étroit avec ceux qu'elle appelle ses frères et sœurs . << Car ,,dit-elle , c'est en les aimant que je vis.>> (source : Reader's Digest de  1983 ,Texte de Deborah Cowley . Photo Rachad El koussi)


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  •                         Un virus modifié agit contre le cancer du foie  

            Des premiers essais sur l'homme montrent un début d'efficacité contre certains types de tumeurs du foie. Des tests plus poussés sont en cours.  

    virus de la viccine

     Vue au microscope électronique de virus de la vaccine,utilisé pour cibler des cellules cancéreuses.    

       Un virus modifié, spécialement conçu pour cibler des cellules cancéreuses, a permis de prolonger de manière significative la vie de 30 patients atteints d'un cancer du foie au stade terminal, selon une étude américaine publiée dans la revue Nature Medicine .    

    Les seize patients souffrant d'un carcinome hépatocellulaire (CHC, ou hépatocarcinome) qui avaient reçu les doses les plus élevées du virus Pexa-Vec (ou JX-594) ont survécu 14,1 mois en moyenne contre 6,7 mois pour les 14 patients qui avaient reçu des doses plus faibles.

    «C'est la première fois dans l'histoire de la médecine que nous avons pu montrer qu'un virus issu du génie génétique pouvait améliorer la survie de patients atteints du cancer» a déclaré David Kirn, l'un des co-auteurs de l'essai, travaillant pour la société américaine Jennerex qui a mis au point le traitement.

    Le virus a été testé lors d'un essai clinique qui a duré quatre semaines.

    Le virus cible les cellules cancéreuses

    Le virus Pexa-Vec a été fabriqué à partir du virus de la vaccine, utilisé depuis des décennies comme un vaccin, notamment contre la variole. Il a été conçu «pour se multiplier et par la suite détruire les cellules cancéreuses, tout en renforçant le système immunitaire du patient», précise David Kirn.

    Selon un communiqué de la société Jennerex, les résultats publiés montrent que le traitement est capable de «réduire la taille de la tumeur» et d'augmenter sensiblement la survie des patients «avec des effets secondaires de courte durée, transitoires et gérables». Il s'agit principalement de symptômes de type grippal qui durent un ou deux jours.

    D'autres études devront être effectuées pour essayer de vérifier ces premiers résultats prometteurs sur un plus grand nombre de patients, et de les comparer à l'aveugle avec un placebo. La société française de biotechnologies Transgene, dont le principal actionnaire est l'Institut Mérieux, a conclu en 2010 un accord de partenariat avec Jennerex pour le développement du Pexa-Vec et sa commercialisation exclusive en Europe, en ex-URSS et au Moyen-Orient. (source : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/02/11/19837-virus-modifie-agit-contre-cancer-foie


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