• Depuis tout petit ...

    Grandir avec une mère diabétique !

    Où de l'ambiguïté d'endosser une responsabilité d'adulte quand on est enfant

    Depuis tout petit ...

    A la maison , la famille , c'était ma mère et moi. Je n'ai ni frère , ni sœur et mon père est mort sur la route un jour de fin d'été sous un ciel ensoleillé . J'avais alors 8 ans . A cette époque , j'ai pris réellement conscience de la maladie de ma mère . Par la force des choses , j'ai été confronté à sa réalité quotidienne . Ma mère m'a très vite appris ce qu'il fallait faire en cas de malaise hypoglycémique , par exemple. Je crois que j'en ai été assez flatté .J'avais 10 ans et on comptait sur moi !

    << Les rôles furent inversés . >>

    Ce 'est qu'avec le recul des années que je peux en mesurer tous les effets parfois pervers , et c'est précisément cette réalité nouvelle qui , dans mon cas , allait se révéler au centre des problèmes posés pour un enfant de mère diabétique insulinodépendante . J'étais , en cas de problème le responsable et en quelque sorte l'autorité . J'étais important , peut-être même vital . De ce fait , dans les premiers temps et sans pour autant le réaliser , le besoin d'attention que j'éprouvais s'en trouvait satisfait alors que , me semble-t-il , je n'étais que le véhicule qui permettait de pourvoir aux soins nécessaires à ma mère , de lui donner toute l'attention dont elle avait besoin . Aussi soudainement que survint la mort de mon père , les rôles attribués par les lois de la nature furent inversés , et j'étais bien trop petit pour assumer cette situation , psychologiquement parlant . Mais comment faire ? Nous n'allions tout de même pas vivre avec un infirmière à demeure !

    << J'en tirais une certaine fierté . >>

    Manquer parfois l'école , savoir faire la différence entre les morceaux de sucre blanc à effet rapide et les féculents à action prolongée , administrer une dose de Glucagon n etc. , n'étaient que des détails techniques . Ma mère a très tôt démystifié la situation , si bien que j'ai vite maitrisé , avec aisance et presque comme un jeu cet état de chose , je n'éprouvais aucune inquiétude , aucun stress , quand elle <<basculait >> dans l'hypoglycémie . J'en étais arrivé à savoir anticiper l'arrivée d'un malaise avant qu'elle même en prenne conscience : son regard, sa gestuelle, quelque chose d'indéfinissable  J'en tirais d'ailleurs une certaine fierté , surtout en présence de mes grands-parents , toujours très inquiets et complétement dépassés .

    Par contre , j'étais assez angoissé de la savoir au volant de sa voiture. J'étais aussi concerné par l'heure des repas . La menace était constamment présente et finalement pesante . Il est vrai qu'en pratique , il n'y avait pas d'autre alternative que de compter sur moi .

    << Mais tout de même , je n'étais pas responsable! >>

    Cependant , après ces dizaines d'années de diabète , j'aurais au moins souhaité que mes grands-parents , entre autres , considèrent mes capacités de résistance psychologique , mais pour ça il aurait fallu parler et je sentais bien ce qu'on voulais entendre ... de bonnes nouvelles , pardi ! D'un côté , j'avais ma mère qui tenait à tout prix à ménager ses parents , et de l'autre mes grands-parents qui, désireux de ne pas trop la questionner , s'en remettaient à moi .Elle disait : << Quand Jean-François( voir photo) est là , je n'ai rien à craindre , il sait ce qu'il faut faire . >> Si ma mère avait un malaise en mon absence et qu'ils l'apprenaient par un biais quelconque , ils me reprochaient carrément de ne pas avoir été là . Comme si je pouvais anticiper à distance l'arrivée d'un malaise ! Comme si je n'avais pas ma propre vie de petit garçon ! Leur impuissance et leur affolement face à ces malaises contrastaient avec mes capacités . Quand par hasard j'entrais en scène , trouvant ma mère sur son petit nuage tandis qu'ils ne savaient plus quoi faire , ils étaient soulagés. Comme j'affichais une décontraction provocante un peu exprès , je me faisais houspiller . D'une certaine manière , c'était comique mais tout de même , je n'étais pas responsable !

    Au cours des années, ma mère acceptait de plus en plus difficilement les morceaux de sucre que je lui tendais lorsqu'elle avait une hypoglycémie. Devenu adolescent , j'étais de moins en moins patient. J'ai donc décidé , i elle perdait conscience , de lui administrer tranquillement du Glucagon . Mais tout cela m'était devenu pénible et ce, d'une façon étrange . J'étais presque exaspéré par cette intimité bizarre , par les rictus de Maman qui marquaient son visage .

    Et pourtant , j'aime ma mère (Source : Equilibre , bien vivre son diabète N° 298- mars-avril 2014 )


  • Commentaires

    1
    Lundi 6 Mars à 16:51

    Quel exemple de courage 

    Bonne fin de journée 

     

     

     

    2
    Mardi 7 Mars à 11:16
    nays&

    Bonjour Lucine

    j'en ai la chair de poule a te lire...quelle courage et force t'habitaient...tes grands parents auraient dû participer et aider

    c'est tout a ton honneur en tout cas

     

    bonne journée a toi ☺☺amitié

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