• Cancer du sein: des traitements moins mutilants (3/3)

                            En 1981, lorsque Simone D. commença son traitement à l'institut Curie , plus de 700 anciennes malades traitées dans ce centre avaient déjà passé la cap des cinq ans puis des dix ans de survie , sans avoir présenté le moindre signe de rechute et sans que leur poitrine ait été abîmée par les radiations  

        Ayant gardé un souvenir très vif des mutilations et des souffrances endurées par sa mère et sa tante . Simone trouva le traitement beaucoup moins effrayant qu'elle ne l'avait redouté . Elle s'est remise rapidement .Cela va faire cinq ans qu'elle a été opérée . elle revient tous les six mois à l'institut Curie passer un examen clinique et se fait faire chaque année une mammographie . L'incision opératoire a été pratiquée dans le pli naturel du sein , de sorte que l'opération n'a laissé aucune marque visible .  

        Certains médecins ont expérimentés des thérapies permettant de réduire encore plus le champ opératoire . Depuis octobre 1979 les Pr François Baillet de l'hôpital Necker et Claude Maylin de l'hôpital Saint-Louis , travaillent à perfectionner une technique de traitement dans laquelle une chirurgie plus légère est compensé par une plus grande précision de l'irradiation . Ce traitement a déjà été pratiqué sur plus de 850 patientes , chez lesquelles la tumeur atteignait parfois 5 cm << dans la mastectomie fragmentaire classique , explique le Pr Maylin , le chirurgien enlève une importante portion de tissu apparemment normal , ceci par crainte que quelques cellules cancéreuses n'aient migré de la tumeur dans la région environnante .>>  

        Le procédé Maylin-Baillet , (celui pour lequel a opté la princesse arabe) n'exige que le minimum 'ouverture nécessaire pour extraire la tumeur et un très faible volume de tissu environnant , et le prélèvement pour analyse de quelques ganglions de l'aisselle . Une fois ce travail terminé ,le radiologue ,qui assiste à l'opération , dispose de 3 à 5 tubes de plastique souple à la place de la tumeur . Le lendemain de l'intervention , la patiente est transportée dans une chambre entièrement tapissée de plomb , et là on procède à l'insertion , dans les tubes pré implantés la veille , de fils d'iridium-192 radioactif . Les radiations émises par ces fils vont stériliser les cellules cancéreuses qui pourraient avoir gagné les tissus environnants . Les tubes sont enlevés au bout de vingt-quatre ou de quarante -huit heures et la malade n'en garde pour trace que quelques points rouges qui marquent l'emplacement des fils d'iridium et disparaissent généralement au bout de quelques temps . Le traitement est complété par des séances de bombe au cobalt . Si besoin est , on y ajoute aussi de la chimiothérapie. << Jusqu'ici, précise le Pr Maylin , notre méthode connaît une réussite de 95% pour la survie au-delà de cinq ans , sans récurrence et avec des résultat esthétiques généralement satisfaisants .>>  

        La chimiothérapie n'est considérée actuellement que comme une seconde ou une troisième ligne de défense contre le cancer , après l'intervention chirurgicale et la radiothérapie .Mais elle a fait de notables progrès , surtout grâce à la mise au point de nouveaux médicaments anticancéreux , et certains cancérologues sont persuadés qu'elle pourrait servir un jour de premier moyen de défense contre le cancer du sein.

    Les traitements appliqués à la Pitié-Salpêtrière sont peut-être l'exemple le plus intéressant -et le plus discuté -  de cette orientation . L'idée en remonte aux années  60 ,  époque où  le cancérologue Claude Jacquillat  commença à traiter par la chimiothérapie diverses affections malignes  <<pourquoi , se disait-il , ne pas tenter la même approche pour un cancer du sein ?>> .

         L'occasion lui en fut offerte au printemps de 1980 . Une amie de sa famille , âgée de quarante-deux ans , lui apprit au téléphone qu'elle avait une grosseur au sein droit.  

        << Lorsqu'elle vint se faire examiner , dit le Pr Jacquillat , la tumeur mesurait 12,5 cm de diamètre  ! >> Un chirurgien considéra qu'on ne pouvait pas l'opérer ,,et il fut décidé d'essayer dès le lendemain la chimiothérapie . Les perfusions de substances anticancéreuses se révélèrent peu efficaces . Le Pr Jacquillat y ajouta une substance très active : l'adriamycine .  

            << Alors , subitement , dit-il , la tumeur se mit à régresser >> Au boit de deux mois , elle ne mesurait plus que 10 cm  .Après trois autres mois de chimiothérapie , complétée par cinq séances d'irradiation au cobalt et à l'iridium pratiquées à l'hôpital Necker sous l'étroite surveillance du Pr Baillet , la tumeur avait pratiquement disparu . Pour prévenir les métastases , on poursuivit encore la chimiothérapie pendant dix-huit mois .<<On ne peut parler encore que de rémission , précise avec prudence le Pr Jacquillat , et non de guérison >>. Pour pouvoir employer ce dernier terme , il faudra attendre que la patiente ait passé le cap de cinq ans de survie  sans récurrence du cancer .Jusqu'ici , sur environ 200 personnes traitées par les Pr Jacquillat et Baillet , plus de 85 %ont pu éviter l'intervention chirurgicale , et cela avec des résultats au moins équivalents aux autres traitements évitant l'ablation du sein .  

     En dépit de tels succès , le corps médical a été lent à adopter ces nouvelles méthodes .Un article est pourtant paru dans la très sérieuse revue médicale américaine The New England Journal of Médecine  qui donnait à entendre que la mastectomie fragmentaire , assortie de séances de radiothérapie pour toute les patientes et de chimiothérapie pour celles dont les ganglions étaient <<positifs >> ,  était certainement indiquée dans la plupart des cas de tumeurs primaires du sein . En fait , selon les estimations , 80 à 85% de ces tumeurs aux Etats-Unis , et 50%,en Europe ,sont traitées par ablation totale du sein .

        Alors direz-vous , concrètement , que doit en conclure la patiente chez laquelle on vient de diagnostiquer un cancer du sein ? << Chaque cas , insiste le Pr Baillet , doit être jugé d'après les symptômes cliniques qui lui sont particuliers .La patiente a droit à une explication détaillée des différents traitements possibles et doit pouvoir essayer un traitement n'entrainant pas l'ablation du sein . La chirurgie plus étendue , non conservatrice , doit être réservée aux échecs de traitements conservateurs >>.  

        << Il s'agit du corps de la patiente ; ajoute le Pr Jacquillat .Elle a tout de même le droit de participer à la décision >>.


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